OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 “Il n’y a pas besoin d’être un banquier pour créer de l’argent” http://owni.fr/2011/06/16/pas-besoin-detre-un-banquier-pour-creer-de-largent/ http://owni.fr/2011/06/16/pas-besoin-detre-un-banquier-pour-creer-de-largent/#comments Thu, 16 Jun 2011 06:26:15 +0000 Stanislas Jourdan http://owni.fr/?p=67963 Bitcoin est une monnaie virtuelle créée en 2009 par Satoshi Nakamoto, un personnage mystérieux dont personne ne connait la véritable identité. Ce dernier, empruntant de vieilles idées issues des années 90, publia un document (pdf) décrivant les caractéristiques d’une monnaie décentralisée. Depuis peu, cette idée est portée par un bon  nombre de geeks pour changer notre système économique. Le blogueur Étienne Hayem (aka @zoupic) nous donne sa vision sur cette monnaie virtuelle à la mode.

Que t’inspire Bitcoin ?

Bitcoin est avant tout une initiative qui fait réfléchir. Comme l’a dit Rick Falkvinge (le fondateur du Parti pirate suédois, ndlr), c’est le Napster de la banque, le phénomène qui va ouvrir le débat sur un sujet qui était jusque-là en marge de la société : « et si c’était possible ? Et si on pouvait refaire la banque ? »

D’où sort Bitcoin ?

C’est apparu en 2009, à l’initiative de Satushi Nakamoto, ce pseudo japonais [personne ne connaît sa véritable identité, ndlr]. Avant lui, plusieurs personnes ont théorisé le concept, de manière prospective, pour essayer d’imaginer à quoi pourrait ressembler une telle monnaie.

Rien n’empêche de penser que l’on puisse créer une monnaie sur Internet dans le cadre d’une communauté, par exemple avec tous les utilisateurs des auberges de jeunesse. Mais ce genre d’initiatives restait connecté à l’économie réelle.

Alors qu’avec Bitcoin, la masse monétaire est complètement déconnectée avec un processus purement algorithmique, sur le modèle de Google. C’était envisageable, mais il fallait quand même le faire !

Donc beaucoup de gens y pensaient ?

Oui, mais c’est une vision qui est, pour moi, assez étriquée de la monnaie. Toute la force déployée pour prouver que c’est viable – ou en tout cas faire croire que c’est viable ou stable – est justifiée par la techno. C’est tout le concept de cryptocurrency : plus il y a d’utilisateurs qui font tourner le logiciel, plus les données sont cryptées, et plus il faut d’ordinateurs hostiles pour faire tomber le système.

C’est comme WikiLeaks, Wikipedia ou même Seti@home qui utilise le CPU (le processeur, ndlr) des gens quand leur ordinateur est en veille pour contribuer à la recherche d’ovnis… Là c’est pareil, on utilise l’ordinateur des gens pour crypter du code au maximum pour que personne ne puisse le casser. Plus il y a d’utilisateurs qui utilisent le logiciel, plus le réseau est complexe, donc sécurisé. Et les gens de Bitcoin disent que cette sécurité crée de la valeur.

« Code is law » en quelque sorte ?

Oui c’est ça ! Mais c’est là où c’est tordu… Car en fait, il n’y a pas besoin que tout soit indéchiffrable pour que ça ait de la valeur ! Dans un Système d’Échange Local (SEL) par exemple, dès que l’on fait un échange et que l’on inscrit cet échange dans une ligne de compte, on admet qu’il y a de la valeur. Il n’y a pas besoin de faire tourner nos ordinateurs des heures et des heures pour protéger cet échange ou cette transaction.

Selon moi, la vraie valeur n’est pas dans le temps de processeur ou dans le fait que le code soit incassable. Cela peut être un choix, mais il y a un côté miroir aux alouettes, car la valeur n’est pas vraiment là.

Est-ce que Bitcoin est alors dangereux ?

Dangereux pour qui ? (sourire) La question n’est pas là : Bitcoin est là, et va certainement rester un bout de temps. Là où je me réjouis, c’est que ce projet va ouvrir la question, lancer le débat. Les gens vont se rendre compte qu’on peut créer de l’argent ! Qu’il n’y a pas besoin d’être un banquier pour créer de la monnaie.

L’argent est un protocole, une écriture, une ligne de compte, la monnaie c’est un accord au sein d’une communauté pour utiliser quelque chose comme moyen d’échange.

Donc dans le cas de Bitcoin, la communauté ce sont les internautes qui téléchargent Bitcoin et y croient. Très bien pour eux !

Charles Ponzi

Par contre, comme Stéphane Laborde l’a montré, là où Bitcoin est dangereux c’est qu’il s’agit d’un schéma de Ponzi ! Et en plus, ses créateurs détournent un peu l’attention : quand on regarde la vidéo de présentation, ça a l’air tout beau : pas de contrôle, pas de taxes etc. Ils attirent les gens en jouant sur leur exaspération et leur envie d’autre chose. Mais ils occultent le problème de la masse monétaire, qui est une question importante.

D’autant que si demain, comme cela se dessine, on aura différentes monnaies, il faudra choisir laquelle m’est utile, quelles sont les forces et faiblesses de chacune. Il faudra que les gens jugent selon des critères.

Quels sont ces critères selon toi ? En quoi Bitcoin ne répond pas à ces critères ?

Pour moi le premier problème de Bitcoin, c’est que la monnaie est rare. La limiter dès maintenant à 21 millions revient à programmer la limitation de la valeur. Et donc si ça prend comme on le voit avec le buzz ces temps-ci, la valeur, qui est rare, ne peut qu’augmenter. On est en plein dans Madoff  : premiers arrivés, premiers servis…

Or pour commencer à participer à l’économie de Bitcoin, il me faut bien des Bitcoins pour acheter quelque chose ! Donc soit je rentre dans le circuit en vendant directement du service, et à ce moment là je suis très malin et je vais gagner mes premiers Bitcoins. Mais sinon je fais comment ? Je m’endette en Bitcoins ?

La monnaie est une proposition de jeu. Avec Bitcoin, on n’est pas dans le Monopoly, mais si tu gagnes au début et que tu as bien compris le fonctionnement, tu t’en sors forcément mieux. J’ai donc l’impression que ce système n’est pas juste pour tous. Mais au moins l’avantage est que les règles sont écrites et lisibles par tous, mais ils mettent tellement en avant le reste que j’ai l’impression qu’ils veulent attirer du monde pour en profiter.

Faut-il interdire Bitcoin, comme le veulent deux sénateurs américains ?

Si quelqu’un veut interdire Bitcoin, c’est que ça touche des intérêts importants, que ça blesse encore une fois là où ça fait mal…

Curieusement, les arguments de ceux qui veulent l’interdire sont les mêmes de ceux qui veulent condamner la neutralité du Net : les pédophiles, les trafiquants de drogue, les joueurs de poker etc. Le diable est partout en fait ! Mais de toute façon ces usages ne représentent pas l’outil en tant que tel.

Pour moi c’est bon signe car ça en fait parler. Car aujourd’hui ce qui est important, c’est que les gens prennent conscience que la monnaie ne doit pas appartenir aux banques privées. C’est une erreur énorme que l’on a faite, et aujourd’hui il faut que cela revienne ou soit partagé entre les citoyens, l’État, et pourquoi pas les entreprises. Il faut libérer la monnaie, les monnaies même !

Ce qui est vraiment bien avec Bitcoin, c’est que ça montre ce qu’il est possible de faire. Donc demain quand la bulle Bitcoin aura éclaté, ceux qui vont se faire arnaquer pourront certes dire : « c’est une arnaque les monnaies machin, il faut les interdire », mais aussi : « et si on reprenait le concept de la monnaie P2P, pour en réécrire le code ? »

Et là, les gens vont commencer à réfléchir au code de la monnaie ! Et pas forcément pour arnaquer les autres, mais pour trouver le code qui permette d’échanger dans le temps, avec les générations futures. Et ainsi définir la monnaie que l’on veut créer. Maintenant que c’est techniquement faisable, il est fort possible que l’on voit un foisonnement d’initiatives.

Et on est pas forcément dans le winner takes all [en], le premier le plus fort qui écrase tous les autres. Si les monnaies sont complémentaires, si elles ont chacune des secteurs bien définis, ce n’est pas impossible de les voir cohabiter.

Mais est-ce que cela ne va pas devenir un peu compliqué au quotidien ?

On aurait dit la même chose des médias il y a trente ans, quand il y avait juste la radio. On écoutait juste une seule voix, alors qu’aujourd’hui on lit dix blogs, la radio, un peu de télé, et un magazine, etc. On ne lit pas tout, mais on choisit les sources qui, en fonction de nos besoins, nous correspondent. Et dans la mesure où c’est aujourd’hui totalement dématérialisable, cela sera d’autant plus facile. Avec ta carte bleue, tu taperas 1 pour payer en euros, 2 pour les Bitcoins, ou 3 pour la monnaie locale du quartier. Une fois que c’est dématérialisé, c’est assez facile.

Le blog d’Étienne Hayem (aka @zoupic)

Photo PaternitéPartage selon les Conditions Initiales Mukumbura ; Wikimédia Paternité epSos.de

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Monnaies virtuelles: une révolution fiscale? http://owni.fr/2011/06/04/monnaies-virtuelles-une-revolution-fiscale/ http://owni.fr/2011/06/04/monnaies-virtuelles-une-revolution-fiscale/#comments Sat, 04 Jun 2011 10:26:57 +0000 Rick Falkvinge http://owni.fr/?p=65850
Article initialement publié sur OWNI.eu.


Nul doute que les monnaies cryptées vont continuer à se développer. Les nouveaux usages qu’elles permettent emportent haut la main la lutte contre les banques dont nous avons hérité les systèmes de transaction sur rendez-vous, au cas par cas. Quid des jours fériés ? Quid des avoirs gelés ? Des frais bancaires ? Tout ces concepts sont devenus obsolètes et non-pertinents.

Il se peut que Bitcoin ne devienne pas le standard ultime des monnaies chiffrées, mais ce n’est pas important. C’est comme pour le partage de fichiers : peu importe que les gens utilisent Bitorrent, OneSwarm ou un autre logiciel plus performant encore. C’est le concept de partage de fichiers qui est intéressant, pas le logiciel.

Il y a une certaine extase au moment de transférer quelques centimes de bitcoins à quelqu’un situé à l’autre bout de la planète. Le fait qu’il reçoive cet argent instantanément, sans intermédiaire, et sans personne pour s’y opposer (à moins qu’elle vienne s’en prendre physiquement à moi), est assez enthousiasmant. Cette sensation est profonde. Tout comme les ramifications. Mais dans cet article, je voudrais me concentrer sur les implications politiques des monnaies chiffrées.

Pour l’instant, les cas d’usage des monnaies chiffrées sont limités par l’effet de réseau. Vous ne pouvez pas vraiment utiliser bitcoin pour des choses concrètes. Mais d’un point de vue politique, le développement de ces monnaies signifie que les systèmes de sécurité sociale et de taxation doivent être repensés et réformés aussi rapidement que profondément.

Repenser la fiscalité dans un monde de monnaies virtuelles chiffrées

Avec les monnaies chiffrées, le gouvernement ne peut pas inspecter la richesse des individus, ni leurs revenus ou leurs dépenses. Et ce y compris en faisant usage de la force. Je connais beaucoup de gens dans le gouvernement qui – victimes classiques du biais de la normalité – vont se dire : “mais nous devons pouvoir le faire !”. Mais peu importe, vous ne pourrez pas. Point barre.

Autrement dit, ni le système fiscal, ni la protection sociale ne peuvent être conditionnés au revenu ou à la fortune. Même si seulement 5% de la population utilise des monnaies cryptées, la morale fiscale implique de s’assurer que tout le monde ait le sentiment de payer de manière juste et que les fraudeurs courent un risque crédible d’être puni. Avec les monnaies chiffrées, le contrat social se retrouve brisé.

Et comme nous y arriverons inéluctablement d’ici une décennie, ce n’est pas le moment de faire l’autruche.

Commençons par le problème fiscal. L’imposition ne pourra plus être basée sur un revenu ou sur le patrimoine : de l’impôt sur le revenu aux taxes patronales et salariales, ces ressources passeront par la fenêtre – remarquez, le coté positif, c’est que par définition, le travail illégal cessera d’exister.

Que reste-il donc à taxer ? Nous pouvons imposer le foncier comme nous le faisions au XIXème siècle. Mais bon, ça ferait justement un peu trop XIXème siècle, non ? Alors quoi d’autre ? Nous pouvons taxer les immeubles, les maisons, les voitures, l’essence…. et toutes ces taxes si impopulaires. Très bien, mais nous pouvons aussi taxer la consommation.

La taxe sur la valeur ajoutée (TVA) est déjà l’une des premières ressources fiscales des gouvernements européens. C’est un système différent d’une simple taxe à la vente dans le sens où elle est appliquée à chaque étape de la chaîne de production jusqu’à la vente finale. En admettant que nous ayons une TVA à 25%, le fabricant d’origine ajoute cette taxe à son prix global. Puis le revendeur se fait rembourser sa TVA auprès du gouvernement, mais ajoute à nouveau 25% à ses prix. Ce système crée un effet positif car cela incite chaque maillon de la chaîne à déclarer les taxes qu’il perçoit, puisqu’il peut ainsi se faire rembourser la TVA précédemment payée.

Si l’on regarde les chiffres de la Finlande et de la France, on se rend compte qu’en doublant le taux de TVA, on pourrait abolir tous les autres impôts sur la personne. La pression fiscale resterait la même, tout comme les revenus de l’État. En fait, seule l’assiette fiscale changerait : on taxerait la consommation plutôt que le revenu, mais ces deux variables sont de toute façon très corrélées en théorie.

Ce système comporte deux autres avantages. Le premier est évidemment l’abandon de l’impôt sur les personnes physiques. Plus aucun citoyen n’aurait de comptes à rendre à une quelconque autorité fiscale. Plus jamais. Seules les entreprises seraient concernées, en tant que collecteurs d’impôt (même si au final, c’est bien les ménages qui sont taxés via leur consommation).

Le second avantage, c’est que l’infrastructure et la bureaucratie sont déjà en place. Il suffirait simplement d’ajuster un pourcentage. Une fois cela fait, un bon paquet de fonctionnaires (ceux qui s’occupent de l’administration des autres taxes) pourront juste arrêter leur travail.

Mais bien sûr, il y a aussi des inconvénients. Le premier est que l’imposition serait parfaitement plate. Cela toucherait donc plus durement les moins fortunés, ce que nous voulons éviter. La taxation progressive est généralement perçue comme un aspect juste et équitable d’une société viable.

Afin de rétablir la progressivité de l’imposition, le moyen le plus normal serait d’instaurer une réduction d’imposition. Mais cela est difficilement applicable avec la TVA : il faudrait un système de traçabilité des dépenses, permettant à chacun de prouver qu’il n’a pas dépassé son quota de crédit de TVA… Je vous laisse imaginer la tête de votre kiosquier quand vous achèterez votre journal à 1,2€.

Bref, il faut tourner le problème dans un autre sens.

Repenser l’état providence

Les systèmes de protection sociale ont toujours été basés sur un manque de revenu, de richesse, ou des deux. Mais si on ne peut plus les mesurer, que fait-on ?

Je ne vois que deux options : soit vous donnez à personne, soit vous donnez à tout le monde. Or, comme donner à personne n’est pas vraiment une option, il ne nous reste que la possibilité de donner à tous, sans aucune condition. C’est le scénario du revenu de base inconditionnel, le salaire citoyen.

Ce système ferait d’une pierre deux coups, puisque la combinaison de la taxation unique sur les dépenses et le revenu de base universel équivaut en fait à une réduction d’impôt de base. En effet, jusqu’à ce que le montant de TVA payée atteigne le revenu de base perçu, c’est comme si vous n’aviez rien payé. Et en plus, vous avez un revenu minimum de subsistance. Ce que nous avons déjà, d’une certaine façon.

Ce système aurait aussi pour effet positif de supprimer la nécessité d’autres systèmes de protection sociale, des allocations chômage aux prêts étudiants, et toute la bureaucratie qui va avec.

Certaines personnes prétendent que ce salaire citoyen tuerait toute motivation à travailler. J’ai déjà répondu à ces objections. En version courte : GNU/Linux et Wikipédia.

La fin de l’imposition des revenus

Les monnaies chiffrées arrivent de toute façon. Qu’il s’agisse de bitcoin ou d’autre chose, ou même d’un nouveau protocole d’échange qui utilise plusieurs monnaies différentes. Ce qui est important de comprendre, c’est qu’en moins d’une décennie, nous aurons perdu notre capacité à capter la richesse et les revenus des citoyens.

Cela signifie alors qu’il ne peut y avoir de système fiscal basé sur l’imposition des richesses ou des revenus.

Je pense que le moyen le plus approprié de faire face à ce problème, est de déplacer l’assiette d’imposition sur la consommation et ainsi transvaser l’imposition sur le revenu vers la TVA. Pour conserver la progressivité de l’imposition, ainsi que pour conserver une protection sociale fonctionnelle, nous aurons aussi besoin de combiner ce système avec un revenu de base inconditionnel accordé à chaque citoyen, afin de garantir une certaine subsistance.


Article initialement publié sur le site de Rick Flakvinge.

Traduction : Stanislas Jourdan

Illustrations CC FlickR: matthileo, Ivan Walsh, Muffet
Retrouvez notre dossier sur le Bitcoin et les monnaies virtuelles :
Bitcoin: de la révolution monétaire au Ponzi 2.0
[APP] une autre monnaie est possible : une BD augmentée
Napster de la banque: prochain cauchemar des gouvernements?

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Napster de la banque: prochain cauchemar des gouvernements? http://owni.fr/2011/05/25/naspter-banque/ http://owni.fr/2011/05/25/naspter-banque/#comments Wed, 25 May 2011 13:49:06 +0000 Rick Falkvinge http://owni.fr/?p=64308 La vraie bataille pour l’internet et les énormes changements que le réseau apporte ne fait que commencer. Ce que nous voyons aujourd’hui ne sont que des signes avant-coureurs, de petites disputes où les amis de ceux qui ont le pouvoir (l’industrie du copyright) se plaignent et obtiennent de piètres bénéfices.

Une des règles générales du progrès technique, c’est que ce n’est pas nécessairement la techno la plus riche en fonctionnalités, la moins chère, ou la plus accessible qui atteint la masse critique d’utilisateurs. En fait, c’est plutôt la technologie la plus simple d’utilisation.

Je cite fréquemment Youtube en exemple, car Youtube n’était pas le premier site à proposer de la vidéo sur le net. Diable, le porno le faisait depuis 5 ans lorsque Youtube est arrivé, et les techno-geeks le faisaient depuis 10 ans. Il y avait au moins une douzaine de façons ordinaires de partager de l’audio numérisé et des vidéos en ligne avec les autres.

À ce jour, l’histoire nous apprend que cela prend environ dix ans, depuis la conception d’une technologie, ou de l’application d’une technologie, avant que quelqu’un trouve la recette miracle qui rend cette technologie assez simple à utiliser pour que ça prenne.

Il serait indélicat de ne pas mentionner Napster dans ce contexte. J’ai commencé à échanger des fichiers sur FidoNet avec un modem 2400 bps en 1989. Textes, musique, images. C’était rudimentaire, mais nous le faisions. Quand un nouveau protocole appelé TCP/IP a débarqué vers 1995, nous avons tous migré. Puis en 1999, Napster est arrivé… et d’un coup, tout le monde s’est mis à échanger des fichiers musicaux. DC++ et d’autres imitations ont fait en sorte que nous partagions tout ce que nous voulions.

Le partage de musique a mis dix ans à s’emballer, grâce à Napster. Le partage de vidéos a mis 10 ans à devenir assez simple. Donc si vous voulez prédire la prochaine bataille, regardez ce que les geeks font en ce moment même, ce qui est obscur et qui n’a pas encore pris ; quelque chose avec des cas d’utilisations très claires et séduisantes, lorsque ça deviendra suffisamment simple.

Voici ce qui est sur mon radar : le système bancaire. Il existe au moins une douzaine de différentes variantes de monnaies chiffrées et décentralisées [Ndlr : ce sont des monnaies dématérialisées qui fonctionnent à l'aide de logiciels et d'algorithmes de sécurisation, le tout sans banque centrale], et de systèmes de transaction, très sophistiqués et totalement incompréhensibles, tels que RippleBitCoinecash, et d’autres.

De la même façon que BitTorrent a rendu l’industrie du copyright obsolète en un clin d’œil, ces systèmes vont naturellement rendre les banques obsolètes. Eux, ou leurs successeurs, vont atteindre un point de basculement dès que quelqu’un les rendra simples d’utilisation. La technologie est là, les scénariis d’usages sont là — et l’agacement vis-à-vis des grosses banques ne manque pas. Ce n’est plus qu’une question de facilité d’utilisation.

Quand les gouvernements comprendront…

Quand ce basculement arrivera, il n’y aura plus aucun point de contrôle central dans l’économie. Ce sera comme si l’on revenait une nouvelle fois au temps où tout le monde faisait commerce en espèces, le bon vieux cash, anonyme. Alors pourquoi cela donne-t-il l’envie aux gouvernements de murer l’Internet ?

Jusqu’à maintenant, du point de vue des gouvernements, quelques-uns de leurs amis se plaignaient du marasme des ventes de CDs, et ils leur ont donné quelques miettes d’avantages législatifs pour qu’ils la bouclent. Mais comment pensez-vous qu’ils réagiront lorsqu’ils réaliseront qu’ils ont perdu leur capacité à prélever des impôts ?

Imaginez les ramifications de cela pendant un instant. Les gouvernements dans le monde sont sur le point de perdre leur capacité à regarder dans l’économie de leurs citoyens. Ils risquent de perdre leur capacité à saisir des actifs, ils risquent de perdre leur capacité à collecter des dettes. L’usage de la force dans le monde ne sera d’aucune aide : tout est chiffré, et détruire un ordinateur avec toute la puissance de feu policière possible ne servira à rien.

Toutes les armes du monde seront inutiles face à la capacité des gens à conserver leur économie chiffrée pour eux. Elles n’y feront pas la moindre égratignure.

Si vous pensiez que les guerres sur la connaissance et la culture étaient déjà intense et importantes, je crois que nous allons voir des événements bien plus intéressants se dérouler durant la décennie à venir. Ce que nous allons voir, c’est l’émergence de ce que j’appelle l’« économie en essaim », une économie décentralisée et incontrôlable où un emploi à vie n’est plus essentiel à chaque être humain. Et je prédis que cela redéfinira la société d’une façon immensément plus importante que la possibilité de télécharger gratuitement de la musique de rap.


Article initialement publié sur le blog de Rick Falkvinge sous le titre “With The Napster of Banking Round The Corner, Bring Out Your Popcorn“, traduit par les soins de  Romain Rivière

Photos flickr PaternitéPartage selon les Conditions Initiales swanksalot ; PaternitéPas de modification jajacks62 Paternité bixentro

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Bitcoin: de la révolution monétaire au Ponzi 2.0
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Monnaies virtuelles: une révolution fiscale?

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Philippe Derudder fait partie de ceux qui voient en l’alternative économique une chance à saisir. Ancien entrepreneur qui a tout plaqué en 1992 pour ne plus cautionner un système monétaire qui ne lui convenait pas, il cherche alors des solutions pour concilier monnaie et équilibre écologique. Maintenant animateur au sein d’une association, l’Association Internationale pour le Soutien aux Economies Sociétales ou AISES, il milite pour la création de monnaies complémentaires et offre ses conseils auprès de communautés ou de villages souhaitant franchir le pas. Accompagnant  ces communautés, il a notamment participé à la création de l’Abeille à Villeneuve-sur-lot, la Luciole en Ardèche et une troisième devise, à Roman.

Quel est votre rôle dans les étapes de la mise en place d’une monnaie complémentaire?

Philippe Derudder: J’accompagne les gens surtout sur la compréhension au départ du système de la monnaie: comment peuvent-ils s’organiser pour lancer une monnaie locale, c’est la question ou la thématique centrale de mes interventions. Je l’occupe de la sensibilisation à la création et j’insiste particulièrement sur la nécessité d’utiliser cette monnaie comme une liaison, pour fabriquer du lien. Pour moi, l’argent alternatif n’est pas qu’un simple outil d’échange, c’est surtout un outil pour faire changer les consciences. En fait je lance les gens et les guide.

Pouvez vous nous expliquer par quelles étapes est passée la création de l’Abeille à laquelle vous avez participé?

Pour l’Abeille, une amie connaissait mon travail, mais l’idée de monnaie complémentaire n’était pas présente à l’origine. Un des membres d’Agir pour le Vivant avait proposé de réfléchir à l’aspect économique et Françoise Lenoble m’a donc fait venir pour apporter un éclairage sur la création monétaire. Une première rencontre a eu lieu, puis un atelier de deux jours pendant lequel nous avons abordé ensemble plusieurs thèmes mais plus particulièrement celui du piège que recèle l’économie. Nous avons donc réfléchi sur la notion même de monnaie en amont de la discussion sur le création d’un autre système monétaire. Je considère en effet qu’il y a nécessité d’utiliser l’outil pour transformer les consciences: ce n’est pas seulement un outil économique mais aussi un outil social.

Nous avons eu besoin d’environ deux ans pour la créer: au départ, les gens étaient intéressés mais ne savaient pas par quel bout commencer, c’est aussi pourquoi j’ai eu l’idée d’écrire ce guide de la monnaie complémentaire. Et une fois le guide écrit, Françoise l’a fait circuler à l’automne 2008.
Nous avons ensuite entamé une phase artisanale pendant laquelle nous imprimions les billets sur des bouts de carton! Entre le printemps 2009 et janvier 2010, nous avons donc lancé cette phase expérimentale et l’opération a vraiment commencé en mars 2010, date du lancement officiel.
A présent, les réunions ont lieu tous les deux mois environ et servent à créer des outils de soutien, aidant à repenser le métier, donc une sensibilisation et une inspiration.
Dans le cas général, il y a des questions à se poser avant la mise en place de la monnaie, par exemple à propos de la fonte. Ensuite il faut compter entre 6 mois et un an pour créer (entre la décision et création).

En pratique, vous pouvez nous expliquer le fonctionnement de cette monnaie?

Entre 35-45 professionnels l’utilisent, mais les métiers sont très diversifiés, ce qui garantit une meilleure circulation: on compte des coiffeurs, des thérapeutes, une coopérative bio et beaucoup d’autres. Au total, il y a une centaine d’adhérents à l’association et 4000 unités monétaires en circulation (avec une création totale d’environ 7000 unités monétaire en abeille, l’équivalent de 7000 euros).

En ce qui concerne l’impression des billets: ils ont cherché un imprimeur qui a introduit des éléments de lutte contre la contrefaçon, il est donc impossible de faire des photocopies. Mais c’est assez rare de penser que des blanchisseurs iraient jusqu’à essayer de contourner un tel système pour pouvoir profiter de produits issus de l’agriculture biologique, d’un coiffeur… Ce n’est pas vraiment l’optique de notre projet. Les billets sont prévus pour une durée de vie de 2 ans. Et ce sont 4 cases sur lesquelles on colle les timbres qui donnent puis restaurent sa valeur au billet, acheté par le porteur. Il y a aussi un fond de garantie. Pour 100 euros, il y a 105 Abeilles. Et c’est la NEF qui finance indirectement les projets collectifs.
Lorsque des commerçants veulent échanger vers l’euro, ils payent une contribution. C’est une sorte d’engagement sociétal: 5% de prime à l’achat correspondent à 5 % de contribution à la reconversion, soit une couverture totale de la monnaie locale en circulation.

Existe-il une notion d’héritage ou d’épargne? Une transmission des richesses d’une génération sur l’autre?

La finalité de cette monnaie n’est pas d’être thésaurisée donc ce n’est pas de constituer une épargne transmissible, c’est la fonte qui insiste là-dessus. A la mort de quelqu’un, ça passe dans le porte-feuille de qui voudrait les prendre. Quant aux excédents de caisse, le système est encore trop jeune pour qu’il puisse générer des fonds pour financer ou co-financer des projets locaux. La NEF soutient les projets en même temps qu’elle augmente ses ressources.

Making Off de la Bande Dessinée :

Illustration Flickr CC Computerhotline

Retrouvez notre dossier sur le Bitcoin et les monnaies virtuelles :
Bitcoin: de la révolution monétaire au Ponzi 2.0
Monnaies virtuelles: une révolution fiscale?
Napster de la banque: prochain cauchemar des gouvernements?

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Et si on donnait à l’argent une odeur de sainteté ? http://owni.fr/2010/12/03/definir-dautres-valeurs-avec-des-monnaies-libres/ http://owni.fr/2010/12/03/definir-dautres-valeurs-avec-des-monnaies-libres/#comments Fri, 03 Dec 2010 11:39:38 +0000 Admin http://owni.fr/?p=37877

Billet publié initialement sur OWNIpolitics sous le titre : Les monnaies sociales: et si on arrachait aux banques le privilège de la monnaie ?

La croissance du PIB reflète-elle le bien-être de notre société ? Notre richesse se mesure-t-elle à notre compte en banque ? Fin 2009, une amie nous prête le livre de Patrick Viveret, « Reconsidérer la Richesse », sa Bible nous dit-elle, elle deviendra aussi la notre…

Patrick Viveret critique le PIB, expliquant que cet indicateur est complètement inadapté aux grandes questions sociales et écologiques, voire qu’il est même contreproductif ! Même si la plupart de nos responsables ne se fient qu’à sa croissance, le PIB n’est pas vraiment la meilleure boussole ! Il se moque de la nature et de l’impact des activités qu’il additionne pourvu que celles-ci génèrent des flux monétaires. Il comptabilise positivement toutes les destructions. Aussi aberrant que cela puisse paraître, les catastrophes comme la vache folle, l’Erika ou encore les accidents de la route sont alors de vraies bénédictions pour notre Produit Intérieur Brut !

Une unité de mesure devenu objet de spéculation

Patrick Viveret poursuit sa critique avec le système monétaire.

L’argent est le nerf de la guerre, il régit notre monde! Or le droit de créer de la monnaie a été transféré aux banques à travers l’émission de crédits, sans véritable débat démocratique. Pourquoi une communauté ne pourrait-elle pas produire elle-même l’argent dont elle a besoin ? Après tout, la monnaie n’est qu’un moyen de paiement scellant un « accord » entre 2 parties. C’est une unité de compte qui ne devrait pas avoir de valeur en soi.

Comme les mètres ou les kilos, la monnaie est un étalon qui permet d’additionner des éléments hétérogènes et ainsi multiplier les échanges. Mais au lieu d’être un simple moyen au service de la création de richesses, la monnaie est devenue un bien, un bien privé qui a lui-même de la valeur, objet de compétition, de spéculation, de thésaurisation. Et c’est ainsi qu’on finit par penser que la richesse se mesure à son compte en banque….

Parmi les solutions proposées par Patrick Viveret, les monnaies sociales ! Pour la première fois, nous découvrons cette expression originale qui associe deux termes à priori assez antinomiques.

Les monnaies sociales : point de départ d’une économie de partage

Elles désignent un ensemble de dispositifs d’échange de biens, de services ou de savoirs organisés par et pour de petites communautés au moyen d’une organisation monétaire ad-hoc, une monnaie propre à une communauté.

En d’autres mots, il s’agit d’échanger sans argent conventionnel mais avec une monnaie propre à la communauté. Créer une économie complémentaire, basée sur l’autogestion, le partage et la coopération. C‘est un peu comme du troc, mais en beaucoup mieux.  Avec le troc, si X veut acquérir un DVD auprès de Y, il faut que X ait quelque chose à offrir, d’une valeur équivalente, et qui intéresse Y. Sinon, l’échange ne peut avoir lieu. En créant une monnaie ad hoc, j’échange avec un membre auquel je transmets des unités de compte qu’il pourra utiliser, quand il voudra, pour acquérir ce qu’il aura choisi dans un autre échange.

Les monnaies sociales sont parfois perçues comme une innovation modeste de troc « amélioré ». Nous pensons qu’elles sont un fantastique vecteur de transformation de la société.
Les monnaies sociales permettent de :

  • Transformer la nature des échanges, en récréant le lien social, ciment essentiel d’une communauté.
  • Relocaliser l’économie en développant des sphères locales de production et d’échange de biens et services. La monnaie, n’ayant de valeur qu’au sein d’une certaine communauté, ne fuit pas à l’extérieur.
  • Lutter contre la pauvreté, en fournissant des moyens supplémentaires d’acquisition de biens, capables de multiplier par deux, et parfois par cinq ou dix, le revenu moyen d’une famille.
  • Lutter contre l’exclusion, en insérant les personnes sans emploi dans une logique d’échange mettant en valeur leurs capacités contributives et leur redonnant confiance et espoir.
  • Préserver l’environnement, en privilégiant production et consommation locales, et en valorisant les produits d’occasion.

Les monnaies sociales nous apparaissent comme un levier de transformation incontournable pour favoriser un développement soutenable. Convaincus à 200% par ce formidable outil, nous décidons de quitter nos emplois respectifs et notre vie parisienne pour consacrer nos prochaines années au développement et à la promotion de ces monnaies complémentaires !

Et l’aventure commence …

Dans les mois à venir, les trois trentenaires à l’origine de l’association Taoa (pour There are another alternative, contradiction du slogan néolibéral définitif Tina de Margaret Thatcher) ont pour projet de parcourir plusieurs pays d’Amérique Latine pour y explorer des initiatives de monnaies alternatives : sucre, circuit de troc, etc. Curieux de toutes les initiatives de changement de société, OWNIpolitics publiera (grâce à l’aimable autorisation de l’association) les comptes-rendus de ces explorations monétaires au fil des mois.

Compilation de deux billets initialement publiés sur le site de l’association There are another alternative (Taoa) sous les titres « Reconsidérer la richesse », comment un livre a changé nos vies … et Les monnaies sociales en quelques mots.


Photo : FlickR CC Donovan ; Bill Jacobus.

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http://owni.fr/2010/12/03/definir-dautres-valeurs-avec-des-monnaies-libres/feed/ 8
Les monnaies sociales: et si on arrachait aux banques le privilège de la monnaie ? http://owni.fr/2010/12/03/les-monnaies-sociales-et-si-on-arrachait-aux-banques-le-privilege-de-la-monnaie/ http://owni.fr/2010/12/03/les-monnaies-sociales-et-si-on-arrachait-aux-banques-le-privilege-de-la-monnaie/#comments Fri, 03 Dec 2010 07:43:51 +0000 TAOA (There are other alternatives) http://owni.fr/?p=37321 La croissance du PIB reflète-elle le bien-être de notre société ? Notre richesse se mesure-t-elle à notre compte en banque ? Fin 2009, une amie nous prête le livre de Patrick Viveret, « Reconsidérer la Richesse », sa bible nous dit-elle, elle deviendra aussi la notre…

Patrick Viveret critique le PIB, expliquant que cet indicateur est complètement inadapté aux grandes questions sociales et écologiques, voire qu’il est même contreproductif ! Même si la plupart de nos responsables ne se fient qu’à sa croissance, le PIB n’est pas vraiment la meilleure boussole ! Il se moque de la nature et de l’impact des activités qu’il additionne pourvu que celles-ci génèrent des flux monétaires. Il comptabilise positivement toutes les destructions. Aussi aberrant que cela puisse paraître, les catastrophes comme la vache folle, l’Erika ou encore les accidents de la route sont alors de vraies bénédictions pour notre Produit Intérieur Brut !

Une unité de mesure devenu objet de spéculation

Patrick Viveret poursuit sa critique avec le système monétaire.

L’argent est le nerf de la guerre, il régit notre monde ! Or le droit de créer de la monnaie a été transféré aux banques à travers l’émission de crédits, sans véritable débat démocratique. Pourquoi une communauté ne pourrait-elle pas produire elle-même l’argent dont elle a besoin ? Après tout, la monnaie n’est qu’un moyen de paiement scellant un « accord » entre 2 parties. C’est une unité de compte qui ne devrait pas avoir de valeur en soi.

Comme les mètres ou les kilos, la monnaie est un étalon qui permet d’additionner des éléments hétérogènes et ainsi multiplier les échanges. Mais au lieu d’être un simple moyen au service de la création de richesses, la monnaie est devenue un bien, un bien privé qui a lui-même de la valeur, objet de compétition, de spéculation, de thésaurisation. Et c’est ainsi qu’on finit par penser que la richesse se mesure à son compte en banque….

Parmi les solutions proposées par Patrick Viveret, les monnaies sociales ! Pour la première fois, nous découvrons cette expression originale qui associe deux termes à priori assez antinomiques.

Les monnaies sociales : point de départ d’une économie de partage

Elles désignent un ensemble de dispositifs d’échange de biens, de services ou de savoirs organisés par et pour de petites communautés au moyen d’une organisation monétaire ad-hoc, une monnaie propre à une communauté.

En d’autres mots, il s’agit d’échanger sans argent conventionnel mais avec une monnaie propre à la communauté. Créer une économie complémentaire, basée sur l’autogestion, le partage et la coopération. C‘est un peu comme du troc, mais en beaucoup mieux.  Avec le troc, si X veut acquérir un DVD auprès de Y, il faut que X ait quelque chose à offrir, d’une valeur équivalente, et qui intéresse Y. Sinon, l’échange ne peut avoir lieu. En créant une monnaie ad hoc, j’échange avec un membre auquel je transmets des unités de compte qu’il pourra utiliser, quand il voudra, pour acquérir ce qu’il aura choisi dans un autre échange.

Les monnaies sociales sont parfois perçues comme une innovation modeste de troc « amélioré ». Nous pensons qu’elles sont un fantastique vecteur de transformation de la société.
Les monnaies sociales permettent de :

  • Transformer la nature des échanges, en récréant le lien social, ciment essentiel d’une communauté.
  • Relocaliser l’économie en développant des sphères locales de production et d’échange de biens et services. La monnaie, n’ayant de valeur qu’au sein d’une certaine communauté, ne fuit pas à l’extérieur.
  • Lutter contre la pauvreté, en fournissant des moyens supplémentaires d’acquisition de biens, capables de multiplier par deux, et parfois par cinq ou dix, le revenu moyen d’une famille.
  • Lutter contre l’exclusion, en insérant les personnes sans emploi dans une logique d’échange mettant en valeur leurs capacités contributives et leur redonnant confiance et espoir.
  • Préserver l’environnement, en privilégiant production et consommation locales, et en valorisant les produits d’occasion.

Les monnaies sociales nous apparaissent comme un levier de transformation incontournable pour favoriser un développement soutenable. Convaincus à 200% par ce formidable outil, nous décidons de quitter nos emplois respectifs et notre vie parisienne pour consacrer nos prochaines années au développement et à la promotion de ces monnaies complémentaires !

Et l’aventure commence …

Dans les mois à venir, les trois trentenaires à l’origine de l’association Taoa (pour There are another alternative, contradiction du slogan néolibéral définitif Tina de Margaret Thatcher) ont pour projet de parcourir plusieurs pays d’Amérique Latine pour y explorer des initiatives de monnaies alternatives : sucre, circuit de troc, etc. Curieux de toutes les initiatives de changement de société, OWNIpolitics publiera (grâce à l’aimable autorisation de l’association) les comptes-rendus de ces explorations monétaires au fil des mois.

Compilation de deux billets initialement publiés sur le site de l’association There are another alternative (Taoa) sous les titres « Reconsidérer la richesse », comment un livre a changé nos vies … et Les monnaies sociales en quelques mots.

Photo : FlickR CC Donovan ; Bill Jacobus.

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Et si on parlait de monnaies libres? http://owni.fr/2010/01/29/et-si-on-parlait-de-monnaies-libres/ http://owni.fr/2010/01/29/et-si-on-parlait-de-monnaies-libres/#comments Fri, 29 Jan 2010 10:14:32 +0000 zoupic http://owni.fr/?p=7381 Monnaies libres, monnaies complémentaires, Open Money, monnaies parallèles, monnaies alternatives, ça vous dit quelque chose ?

Une révolution silencieuse est en marche pour changer la façon dont nous échangeons, revoir le sens et les valeurs que nous donnons au média qui nous unit et rythme nos vies : Et si on repensait l’argent?

Vendredi 29 Janvier au Studio des Ursulines aura lieu une projection du film The Money Fix d’Alan Rosenblith dans le cadre du World Social Forum.

Le film fait une synthèse de ce qu’est l’argent et de ce qu’il engendre dans notre monde. Pour toute personne qui s’intéresse au déséquilibre en place, c’est un bon documentaire pour découvrir le sujet tout en abordant des alternatives concrètes et des solutions pour déconcentrer ce pouvoir et redonner du sens à nos valeurs.

Voici le trailer pour vous réchauffer en attendant:

Cliquer ici pour voir la vidéo.

La version que nous regarderons est sous-titrée en français.

Suite à la projection aura lieu un débat ouvert avec la salle pour dialoguer ensemble sur le film et le sujet capital de l’argent. Ce sujet est très vaste et la vague ne fait que commencer, elle va prendre de l’ampleur au fur et à mesure que nous avançons dans le temps et que le système monétaire traditionnel va montrer des signes de faiblesse. Elle ouvre de multiples possibilités, aussi bien en terme de monnaies pour le matériel ou de système de mesure, développement de la richesse sur Internet sans la capturer (paywall). S’y intéresser c’est se donner les cartes pour pouvoir s’organiser à un niveau local et recréer du lien avec ses communautés.

Vous pouvez retrouver toutes les informations sur l’event facebook, sur le site du Mouvement pour la Transition Monétaire ou sur mon blog.

Je vous dis à demain soir!

Déjà publiés sur Owni dans ce registre :

- Des combats qui valent la peine

- Tout est flux: le Monde, Internet, l’Argent

- Les nombreux articles sur la rareté et l’abondance

> Illustration sur la page d’accueil par TW Collins sur Flickr

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Un grand pas vers le nouveau monde http://owni.fr/2009/10/23/un-grand-pas-vers-le-nouveau-monde/ http://owni.fr/2009/10/23/un-grand-pas-vers-le-nouveau-monde/#comments Fri, 23 Oct 2009 01:19:47 +0000 zoupic http://owni.fr/?p=4878 Pour savoir où nous allons, il faut savoir qui nous sommes, d’où nous venons. On sait que la ligne du temps n’est pas linéaire, mais comprendre ce qui bloque nous permet de trouver les solutions pour nous surpasser et accéder au niveau suivant. Voici donc en anglais une présentation complexe mais incroyablement riche qui nous fait un bon bilan de la situation, de ce qui cloche et de là où nous sommes. Elle a été réalisée par Artbrock sous prezi.

New Economics, New Wealth

Bizarrement, alors que sur mon blog j’ai réussi à l’intégrer, on dirait qu’ici ça bloque. Avant d’aller plus loin, je vous conseille donc vraiment de faire le tour de la présentation et d’essayer de capter le fond de la réflexion.

Réflexion, Action

[disclaimer + conviction personnelle] Je viens de rejoindre l’équipe du Transitioner et travaille désormais avec Arthur Brock et Jean-François Noubel [/disclaimer /conviction personnelle]

Une fois que l’on comprend ceci, il est temps d’agir. La plus belle déclaration, celle d’entrer et d’embrasser ce prochain monde, de faire le premier pas vers ce monde de l’abondance et des richesses, a été faite par le fondateur de TheTransitioner.org : Jean-François Noubel, j’ai nommé le Vœu de richesse

En faisant vœu de richesse,


Je décide d’accueillir et embrasser toute la richesse qui nous est donnée, qu’elle soit matérielle ou immatérielle.

J’accueille la richesse comme ce qui nous rapproche de ce qui est Beau, Bon et Vrai.

J’accueille la richesse comme la vie donnant la vie, la vie faisant évoluer la vie, pour la grande alliance entre la matière et la lumière.

Je m’engage à construire, avec mes frères et sœurs humains ainsi qu’avec tous les êtres vivants, des relations harmonieuses et joyeuses, fondées sur des engagements fertiles et emplis de sens.

Je m’engage à offrir aux autres ce dont ils ont besoin pour l’accomplissement de leur vie.

Je m’engage à accueillir ce que les autres m’offrent pour l’accomplissement de ma vie.

Je m’engage à être nu et vulnérable, à accueillir mes limitations, pour être ouvert à recevoir des autres.

Je m’engage à accueillir la nudité et la vulnérabilité des autres, à accueillir leurs limitations. J’y trouve la joie d’offrir mes présents.

Je ne cautionnerai pas ce qui sépare les êtres vivants de la richesse. Je ne cautionnerai pas les idéologies et les actes qui dégradent l’abondance en rareté artificielle, car cela attise l’avidité et la guerre.

Mais plutôt que de lutter contre les idéologies et les actes, je puiserai dans l’infinie créativité qui nous est donnée à la naissance. Je serai un artiste, je co-créerai avec mes frères et sœurs, et de nouveaux chemins nous seront révélés. Le futur ne naîtra pas de mes réactions, il naîtra de mes créations. Le futur est art pur, il jaillit de ma présence au présent.

J’inventerai et développerai la maîtrise de chaque outil, technologie et pratique qui permettra l’application stricte de ce vœu, dans le contexte de notre époque et culture.

Etant donné notre époque, compte tenu de la personne que je suis, voici quelques unes des actions pratiques que je vais engager pour honorer ce vœu :

  • Je quitte le système monétaire actuel. Je ne vais plus acquérir ni vendre quoi que ce soit avec la monnaie conventionnelle.
  • Je laisse tous les biens que j’ai acquis dans le passé au moyen de ce système. Je ne garderai que ce qui m’a été offert en cadeau.
  • Je m’engage à utiliser les monnaies libres qui partout libèrent et catalysent la richesse, dans chaque communauté, pour chaque être, de manière universelle.
  • Tout ce que j’ai besoin d’échanger avec mes frères et sœurs, le sera au moyen des monnaies libres.

—-

La porte de tous les possibles

La porte de tous les possibles

La porte est ouverte

La voie est ouverte entre l’ancien monde: notre société de la rareté mourante et le nouveau: la société de l’abondance, la civilisation de l’information. Instant de tous les possibles: nous sommes à la croisée des chemins et ceci est la porte qui mène vers le prochain monde. Se libérer, et entrer dans l’abondance, il n’y a plus qu’un pas à faire pour embrasser complètement les richesses. Ce grand pas pour l’Homme, ce grand pas pour l’Humanité.

Ce pas, je le ferai aussi quand le temps sera venu. En inaugurant mon blog avec l’article sur les flux, j’annonçais la couleur des changements à réaliser. Peu importe les autres flux, tant que le sang de mon organisme sera la monnaie conventionnelle et rare, mon corps ne sera pas complètement libre, mes flux ne seront pas propres.

La monnaie conventionnelle définit l’ADN de notre société, c’est le type de lien qui existe entre les hommes, leurs relations, ce qui les motive et les mobilise. Avec un ADN vicié, le résultat est ce que l’on observe aujourd’hui.

Comme nous désirons une neutralité du net, nous devons exiger également une neutralité des monnaies.

Les monnaies libres permettent de recoder notre ADN et de redéfinir, pas à pas, les règles qui nous correspondent et qui correspondent à nos échanges.

Comme le dit si bien Jean-François Noubel dans son écrit sur la révolution invisible “Les grands enjeux de l’humanité ne sont pas la faim, la pauvreté, le développement durable, la paix, la santé, l’éducation, l’économie, les ressources naturelles… mais notre capacité à élaborer de nouvelles organisations capables de les résoudre. Notre enjeu principal est l‘intelligence collective.”

Alors ensemble, faisons preuve d’intelligence pour passer à l’étape suivante.

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