OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Bachar al Assad comedy show http://owni.fr/2011/10/03/rires-aux-depens-de-bashar-el-hassad/ http://owni.fr/2011/10/03/rires-aux-depens-de-bashar-el-hassad/#comments Mon, 03 Oct 2011 09:34:48 +0000 Monica G. Prieto (Periodismo Humano) http://owni.fr/?p=81748

Deux jeunes gens sirotent leur thé en regardant dans le vague, assis dans un garage. “Tu sais quoi ? J’aimerais y aller.”
“Aller où ?”
“Là bas, avec les manifestants, chanter avec eux” répond le premier.
“Tu es fou. Ils ne peuvent pas sortir juste comme ça, c’est impossible. Ils prennent sûrement un truc…”
“Ils prennent quoi ?”
À ce moment là, un vendeur de rue passe avec son charriot en criant:
“Des hallucinogènes ! Des pilules ! J’ai de tout ! Al Arabiya, Al Jazeera, France 24, BBC… Hallucinogènes !”
“Tu vois !” dit le second, alors qu’il jette un coup d’oeil au vendeur.

Ce dialogue est extrait d’Hurriyah wo Bas, Just Freedom, probablement la première série de l’Histoire qui ose tourner en dérision le régime syrien et la révolution qui le remet en question. Aucun rires pré-enregistrés dans cette série mais l’audience a tellement accroché que le buzz est parti tout seul. Bien que le sujet soit sensible et ne prête pas à rire – 1800 morts et environ 10 000 personnes arrêtées selon les activistes – le sens de l’humour des Syriens et la soif de libertés, particulièrement la liberté d’expression, après 40 ans de dictature baassiste, peut expliquer le succès de cette série inattendue. Avec deux épisodes par semaine de deux à trois minutes, ils ont totalisé en un mois, plus de 200 000 vues sur leur chaîne YouTube.


Just Freedom
a été décrit comme une arme de moquerie massive, un exutoire destiné aux Syriens à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Créé par des artistes exilés – une équipe de 10 à 15 personnes – “poussés par le sentiment que les artistes syriens sont absents au moment de soutenir la révolution. La plupart d’entre eux soutiennent le régime” nous explique l’équipe d’Hurriyah wo Bas par email. “Beaucoup d’acteurs accusent les manifestants d’être des collaborateurs ou des salafistes”.

Récemment, des figures connues comme l’acteur Mohamed al Rashi ou Faras al Helou ont pris part aux funérailles de manifestants, se rapprochant ainsi du mouvement révolutionnaire. Mais les noms les plus connus de la scène artistique syrienne, depuis longtemps dépendants du régime syrien lui montrent toujours leur attachement. Seule exception, la marche du 30 juin dernier, organisée par des intellectuels et des artistes où 200 d’entre eux furent arrêtés et libérés plus tard.

La propagande de Damas dont les médias officiels, les seuls dans le pays, montrent l’insurrection comme une tentative de coup d’état islamiste monté avec des financements extérieurs, est une autre des cible de la troupe de Just Freedom: “Nous essayons de faire prendre conscience aux gens que les médias doivent être remis en question et que le régime donne des informations contradictoires sur ce qui se passe réellement dans la rue. Nous tentons de mettre les faits à dispositions des Syriens qui doutent encore ou qui ne sont pas sortis dans la rue à cause de la désinformation”.

Maniant l’ironie et parfois le sarcasme, les deux personnages principaux méditent dans leur garage. L’un d’eux demande :

“Que veut dire infiltré?”.
“Cela veut dire que tu descends dans la rue la tête haute et que tes demandes sont légitimes.”
Le premier répond en hochant la tête: “Je ne comprends pas.”
“Je vais te montrer.” Il se tient debout, théâtral, mimant un manifestant: “Tu sors dans la rue, tu relèves la tête et tu brandis ton poing en l’air en criant: ‘Seulement la Liberté !’ ”
Un coup de feu abat le gars qui tombe, mort, devant son comparse qui commente : “Aahh, c’est donc ça un infiltré”

Est-ce que Just Freedom est une forme d’activisme?

Nous ne voulons pas combattre le régime, nous voulons juste que les demandes du peuple soient honorées. La scène artistique syrienne, particulièrement celle de la télévision et du cinéma, a joué un rôle important dans le monde arabe et a toujours été présente dans la vie quotidienne des gens. Qu’elle ait échouée à prendre part à cette révolution nous a surpris.

Le succès de la série les a dépassé: “Nous avons cumulé plus de 200 000 vues en un mois seulement sur notre canal YouTube officiel. Mais d’autres chaines et télévisions par satellite diffusent les épisodes”, expliquent les responsables qui ne veulent pas s’identifier ou dire d’où ils travaillent pour des raisons de sécurité. “Il est peu probable que Just Freedom soit suivi à l’intérieur du pays contrôlé par Bashar El Assad,” expliquent-ils. “Cela nous peine que la rue syrienne ne puisse pas avoir accès à notre production. La série ne circule pas en Syrie à cause des restrictions imposées par le gouvernement sur Internet.”


Illustrations et photos: captures d’écran
Publié initialement en espagnol sur Periodismo Humano [cc-by-nc-nd]
Traduction: Ophelia Noor
Sous-titres français disponibles sur Universal subtitles: http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/DhMTbZroiZeT/

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Printemps arabe©, si jeune et déjà marketé http://owni.fr/2011/08/03/printemps-arabe%c2%a9-si-jeune-et-deja-markete/ http://owni.fr/2011/08/03/printemps-arabe%c2%a9-si-jeune-et-deja-markete/#comments Wed, 03 Aug 2011 15:30:36 +0000 Yves Gonzalez-Quijano http://owni.fr/?p=75319 Écrire pour ce Carnet est loin d’être facile alors qu’il se déroule des choses autrement plus graves dans la région. C’est particulièrement vrai au regard de ce qui se passe actuellement en Syrie. En cette veille de ramadan [ndlr : article initialement publié le 31 juillet], karîm (généreux, magnanime…) selon la formule consacrée, l’ironie n’est plus exactement de saison…

Avec le Printemps arabe©, les publicitaires prolongent encore un peu plus « l’extension du domaine de la lutte » et, fort logiquement en définitive, se mettent à vendre la révolution arabe à toutes les sauces possibles. C’est dans son blog que Ted Swedenburg a publié, il y a un mois environ, un billet sobrement intitulé Coke & Pepsi and the Egyptian Revolution sur les nouvelles publicités pour Coca et Pepsi. Dans la droite ligne de leur éternelle rivalité commerciale (voir ce billet sur la manière dont ils embrigadent les vedettes de la chanson arabe), les deux géants américains du soda chantent aujourd’hui à qui mieux mieux les charmes de la révolution arabe.

Pepsi pour commencer (30 s), avec ces jeunes des classes moyennes (forcément révolutionnaires) qui ont tous des idées en surfant avec la technologie moderne (ordis et téléphones portables) et qui, littéralement parlant, « redonnent des couleurs à la ville ». Un peu subliminale, l’allusion à la révolution du 25 janvier n’est pas bien loin : introduit par l’image d’un journaliste à la télé sur fond de paysage urbain, le lien avec les événements est implicite avec l’image, presque en fin de clip, du personnage initial saluant depuis son balcon un rassemblement qui pourrait bien être une révolution (qui ne dit pas tout à fait son nom malgré tout)…

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Coca (60 s) aussi file la métaphore des couleurs, avec ce récit du centre-ville du Caire qui sort peu à peu de la grisaille pour que « demain soit plus beau » (c’est le slogan final). Là encore, c’est avec la fin du clip que l’évocation des événements politiques se fait plus précise, lorsque, sur fond de paroles où il est question de demander l’impossible, la caméra dévoile la désormais incontournable place Tahrir.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Bien sûr, tout est beau et sans violence dans le monde enchanté de la pub ! Bien sûr, c’est loin d’être la première fois que la « réclame » pille l’imaginaire politique révolutionnaire en général et la contre-culture en particulier (Ted Swedenburg rappelle ainsi que Coca et Pepsi ont naguère accommodé à leur sauce l’underground américain des années 1960).

La révolution, presque un business forum

Mais au moins, dans l’exemple américain, la récupération a-t-elle eu lieu a posteriori. On peut être ainsi quelque peu choqué à découvrir, dans le centre de Beyrouth en avril, alors que le printemps arabe n’était pas si loin, cette publicité qui associe la participation à un business forum à une manifestation de rue…

Mais on est franchement atterré quand on découvre dans le centre de la capitale de la Syrie cette publicité qui fait sans doute allusion aux codes vestimentaires des supporters de foot mais qui fait surtout irrésistiblement penser aux manifestants pro-régimes, alors que les « événements » (comme on disait en métropole autrefois lorsqu’il s’agissait de l’Algérie) ont vraisemblablement déjà entraîné la mort de près de deux mille personnes…

Plus bête que méchant en revanche, ce clip du jeune chanteur libanais Sijal Hachem pour sa chanson Khalas (la version libanaise du kifaya égyptien) où l’on voit de beaux mâles derrière des barbelés enflammer, masque sur le nez, des pneus. De superbes créatures hésitent – comme l’armée égyptienne ? – entre répression et séduction !… Sommet de la métaphore érotique (volontaire on l’espère), le puissant jet de la lance à eau… qui noie l’hybris des manifestants ! Le tout se termine par un interrogatoire… troublant (surtout quand on pense aux méthodes trop souvent utilisées dans la région…)

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Les noces de la publicité et de la politique ne sont pas si anciennes que cela dans le monde arabe (2005 est sans doute une date repère : voir ce billet). Aujourd’hui encore, plus d’un régime (par exemple en Syrie : voir ces deux billets, 1 et 2) hésite entre la bonne vieille propagande de papa et la communication politique moderne et ses spin doctors. Patrie d’une bonne partie des « créatifs » de la publicité arabe et base régionale d’un certain nombre de grandes agences internationales, le Liban a été l’un des premiers terrains où des forces politiques opposées (en l’occurrence les camps du 7 8 (!) et du 14 mars) se sont clairement livré bataille par campagnes médiatiques interposées (voir ce billet).

Et le Liban est encore le lieu où cette communication politique a été non seulement tournée en dérision (sur ce plan, on trouverait facilement d’autres exemples ailleurs), mais également, « retournée » tout court, c’est-à-dire déviée de ses objectifs politiques pour être rendue à ses fins premières, faire de la réclame pour des produits de consommation (voir, dans ce billet, les réemplois publicitaires de la campagne J’aime la vie).

Comme le suggère l’auteur(e) d’un article à ce sujet sur le site Muslimah Media Watch, la révolution du Printemps arabe est non seulement télévisée, mais aussi marchandisée et sexualisée !


Article initialement publié sur Culture et Politique arabes sous le titre : “Dieu que la révolution est jolie ! Le printemps arabe© est en vente…”

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Le Parti pirate tunisien sort de l’ombre http://owni.fr/2011/07/09/itv-le-parti-pirate-tunisien-sort-de-lombre/ http://owni.fr/2011/07/09/itv-le-parti-pirate-tunisien-sort-de-lombre/#comments Sat, 09 Jul 2011 10:14:09 +0000 Guillaume Dasquié http://owni.fr/?p=73142

À Tunis nous avons rencontré Salah Eddine Kchouk, président du Parti Pirate Tunisien (PPT), la formation politique des cultures numériques, qui revendique l’héritage de la révolution de janvier. Ancien militant de l’UGET (l’organisation étudiante à l’origine de nombreuses manifestations réclamant le départ de Ben Ali), Salah Eddine Kchouk avait été arrêté le 6 janvier 2011 pour ses activités sur le net. Après ses prises de position critiques contre Slim Amamou, la semaine dernière, il dévoile la stratégie du Parti Pirate pour les prochains mois.

À quoi ressemble votre formation politique ?

Le Parti Pirate est un parti de troisième génération ayant comme but de reconstruire la société civile mais aussi d’être un vrai contrepoids au régime. En effet, après les partis classiques (fondés sur des distinctions dans les relations au travail et au patrimoine), le monde a connu une deuxième génération de partis avec les écologistes (fondés sur des distinctions dans les relations à l’environnement). Puis, dans le monde entier, des citoyens ont souhaité défendre la liberté de l’information et de la culture, provoquant l’apparition de partis pirates (fondés sur des distinctions dans les relations au patrimoine culturel).

Avec les idées que nous défendons en matière de liberté et de circulation de l’information, nous sommes là pour promouvoir les valeurs d’une nouvelle citoyenneté, avec le désir de consolider la société civile, longtemps faible en Tunisie.

Le parti pirate Tunisie a été fondé en 2010 par un ensemble de cyber-citoyens tunisiens qui ont milité contre le régime de Ben Ali. Nous avons décidé de donner à notre parti une dimension légale, qui soit en mesure de défendre les vrais intérêts du peuple.

“Le peuple, qui reconnaît déjà notre rôle dans la chute du dictateur, reconnaîtra peu à peu notre utilité”

Pensez-vous que l’opinion est vraiment sensible à cette troisième génération que vous affirmez incarner ?

Le Parti Pirate est une nouvelle expérience dans la vie politique. Je crois qu’il convaincra par ses pratiques et par les causes défendues, qui le différencient des autres partis. Nous agissons dans l’espace virtuel dans le but de divulguer plus d’informations, et dans le champ politique afin de régler des défaillances et des injustices. En d’autres termes, nous ne cherchons pas à agir en tant que parti politique mais en tant que régulateur de la vie politique. Le peuple, qui reconnaît déjà notre rôle dans la chute du dictateur, reconnaîtra peu à peu notre utilité.

Vous n’avez pas l’intention de participer au pouvoir ?

L’objectif du Parti Pirate est de faire parler la société elle-même, nous considérons que peuple n’a pas besoin d’intermédiaires pour s’exprimer. Notre peuple est majeur et intelligent et il peut s’exprimer et défendre ses intérêts.

Vous contestez le rôle des partis politiques ?

Pas toujours, mais bien souvent les partis politiques classiques ne représentent pas le peuple. Ils représentent d’abord leurs idéologies et leurs intérêts.

Sur des sujets politiques, le virtuel peut-il à lui seul influer sur la réalité ?

Le virtuel influence le réel par la formation de communautés qui agissent ensuite dans la réalité. Dans le cas de la Tunisie, nous avons commencé lors des événements touchant le bassin minier, en 2008. Notre influence n’était pas encore importante. Mais dès les événements de Bingarden nous avons développé notre action, ce qui a permis aux internautes de jouer un rôle fondamental dans la chute du ZABA.

“Nous ne cherchons pas à obtenir des places confortables dans la constituante, ce n’est pas notre objectif”

L’officialisation de votre parti marque la fin de votre anonymat, cette évolution modifie en profondeur votre démarche.

Il faut nuancer. Au sein du parti, d’autres personnes conservent leur anonymat pour continuer à mener des actions confidentielles en faveur de la divulgation de l’information.

Quelles sont vos relations avec les autres partis pirates, en dehors de la Tunisie ?

Nous faisons partie de la communauté internationale des partis pirates -dont leur nombre est proche de 50-, au niveau des principes. Nous échangeons nos idées, nos cultures et les technologies dont nous avons besoin. En revanche notre collaboration ne concerne pas le côté financier ni la nature des actions que nous menons en Tunisie.

Quel est votre plan pour les prochaines élections ?

Nous agirons sur deux plans. Le premier consiste à instaurer un système de contrôle de proximité des élections par le biais des nouvelles technologies. Le second consiste participer en tant que candidats. Un ou deux membres seront suffisants. Nous ne cherchons pas à obtenir des places confortables dans la constituante, ce n’est pas notre objectif.

Comment évaluez-vous la transition démocratique en Tunisie ?

La transition démocratique est lente à cause des pratiques des partis politiques, lesquels cherchent en priorité à obtenir leur part du gâteau. Il faut que les partis s’attellent aux vrais problèmes et qu’ils stimulent un tissu associatif, seul garant d’une vraie transition démocratique. La transition démocratique est la responsabilité des partis politiques puisque le régime ne peut pas changer de sa pleine volonté mais plutôt par l’obligation, et c’est là ou réside le rôle des partis. Je ne crois pas que le régime ait chuté. C’est plutôt Ben Ali qui s’est enfui.


Cet article a initialement été publié sur OWNI Maghreb

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Les spin doctors du Net: la vraie vie de Gay Girl in Damascus http://owni.fr/2011/06/29/les-spin-doctors-du-net-la-vraie-vie-de-gay-girl-in-damascus/ http://owni.fr/2011/06/29/les-spin-doctors-du-net-la-vraie-vie-de-gay-girl-in-damascus/#comments Wed, 29 Jun 2011 10:28:31 +0000 Yves Gonzalez-Quijano http://owni.fr/?p=72191 Rapide rappel des faits : le 19 mars, celle qui affirme parler sous sa propre identité, Amina Arraf Abdullah, une jeune femme syro-américaine, ouvre son blog. En anglais, A Gay Girl in Damascus tient la chronique des manifestations en Syrie, lesquelles commencent « officiellement » le 15 mars. Au fil des semaines, A Gay Girl in Damascus attire de plus en plus l’attention des médias, notamment à la suite d’un billet, publié le 26 avril. Intitulé My father, the hero, il raconte comment la courageuse militante échappe à l’arrestation grâce à l’intervention, non moins courageuse, de son père auprès de « deux jeunes hommes, d’une vingtaine d’années, vêtus de vestes de cuir noir »

Pour quelques observateurs, ce best-seller du web, si on peut oser l’expression, suscite alors les premières interrogations. Amina a beau annoncer qu’elle va entrer dans la clandestinité, ils mènent l’enquête, y compris lorsqu’un billet, mis en ligne par « une cousine », annonce, dans les premiers jours de juin, l’arrestation de la jeune femme. Sous un déluge de tweets affolés et alors que la page Free Amina Abdulla (sic! en principe il faut un « h » à la fin) sur Facebook réunit déjà près de 15 000 membres, le Guardian, qui a largement contribué à la célébrité de la jeune lesbienne damascène fait part de ses questions, dès le 8 juin. Le 12, le véritable auteur est démasqué : Tom MacMaster, un Étasunien de 40 ans inscrit en master à l’université d’Edimbourg, écrit un dernier billet, à ce jour (le 13, depuis Istanbul) ; il y présente ses excuses aux lecteurs. « Mis en ligne par Amina », le billet, qui explique en gros que lui, Tom, n’a jamais eu l’intention de mal faire mais qu’il s’est fait prendre à son propre jeu, se termine par un appel au soutien des véritables héros, ceux qui font la révolution dans le monde arabe :

I want to turn the focus away from me and urge everyone to concentrate on the real issues, the real heroes, the real people struggling to bring freedom to the Arab world. I have only distracted from real people and real problems. Those continue; please focus on them. (Je veux qu’on arrête de s’intéresser à moi et j’invite tout le monde à se concentrer sur les vrais problèmes, les vrais héros, les personnes réelles qui se battent pour apporter la liberté au monde arabe. J’ai distrait des vrais personnes et des vrais problèmes. Eux continuent, intéressez vous à eux s’il vous plait)

« Une illusion »

Fin de l’histoire ? Pas tout à fait car, sur Facebook parfois si empressé de faire le ménage dans ses pages (notamment pro-palestiniennes, voir ce billet), le groupe Free Amina Abdulla est toujours accessible, tout comme le blog d’Amina, l’homosexuelle de Damas. Pas vraiment mortifié par ce qui lui est arrivé, Tom MacMaster s’est contenté de supprimer quelques billets (notamment celui qui annonçait l’arrestation de son « héroïne »). Il a surtout modifié le titre, qui est désormais présenté entre guillemets (« A Gay Girl in Damascus ») et suivi d’une « précision » : an illusion.

Ce dernier sous-titre, fidèle à sa ligne de défense (Amina est une fiction, mais en quelque sorte « plus vraie que nature ») est explicité par une courte phrase, elle aussi rajoutée par rapport à la première présentation du site, disant en gros qu’on aurait tort de s’en prendre à celui qui a su vous émouvoir en racontant une histoire qui s’avère ne pas être la réalité :

The Image is not the Real; When you realize that you were reading a story, rather than the news, who should you be angry at? The teller of tales that moved you? (L’Image n’est pas Réelle. Quand vous réalisez que vous lisiez une histoire et non des informations, sur qui faudrait-il reporter sa colère ? Le conteur qui vous a ému ?)

Enfin, tout en bas de la page qu’il faut faire défiler en entier pour les faire apparaître, quelques lignes, avant les crédits du site, précisent que le blog est une sorte de « fiction interactive », solidement basée sur des faits authentiques, même si Amina, création de l’auteur, n’est, elle, qu’une fiction :

About this blog. This blog was designed as an interactive fiction. The news, historical and social information contained in it is based solidly on fact. However, the narrative voice, that of Amina A., is fictitious. Her character is based on many real people but in no way is she meant to represent any single real individual, living or deceased. She is the sole creation of the author of the blog. (À propos de ce blog. Ce blog a été conçu comme une fiction interactive. Les informations historiques et sociales que ce blog contient sont basées sur des faits. Néanmoins, la voix narrative, celle d’Amina A. est fictive. Son personnage est basé sur plusieurs personnes réelles mais elle n’est en aucune façon destinée à représenter un seul individu, qu’il soit vivant ou mort. Elle est la création de l’auteur de ce blog.

Une quinzaine de jours après la découverte de son « canular », Tom MacCaster a publié (ce qui n’est pas forcément) un ultime billet, sous le titre : Trop nul ! Tout le monde s’en fout ! (« That kinda sucks ». Not that anyone cares). Ultimes explications pour la nouvelle vie dans le cyberespace du blog d’Amina, qui s’obstine toujours à ne pas s’afficher tout à fait comme une « vraie » fiction mais plutôt comme une fiction qui mériterait d’être vraie…

Apparemment, cette manière de ne pas vouloir « faire mourir » la blogueuse de Damas trouve un écho ailleurs que chez son inventeur ou que chez les administrateurs de la page Free Amina Abdulla… Alors que la vérité sur la véritable nature de ce blog a déjà éclaté, de nombreux commentaires continuent à souhaiter la libération de la jeune femme, à saluer son courage. Plus d’une réaction explique en substance, à la manière de Tom MacMaster, que l’histoire n’est peut-être pas véridique mais qu’elle aurait mérité de l’être. En somme, la fiction dépasse la réalité et c’est très bien ainsi dans le meilleur des mondes virtuels…

Mascarade politique

Comme se le demande à haute voix ou presque Brian Whitaker, le journaliste vedette du Guardian : pourquoi diable un homme marié en Écosse voudrait-il se faire passer pour une lesbienne vivant à Damas ? Le jour même, deux jeunes journalistes d’origine arabe (cela importe par rapport à leur analyse), Ali Abbas et Assia Boundaoui, proposent une réponse : pourquoi cette fiction précisément et pourquoi un tel succès ? Plutôt qu’on ne sait quelle théorie du complot, ils s’intéressent à la signification « profondément » politique de cette mascarade en définitive assez obscène qui voit un « vieil étudiant » passionné de Proche-Orient se glisser dans la peau d’une jeune Syrienne désirable.

Parce que la fiction de MacMaster est un piège trop doux (honey trap en anglais) ! Un piège qui épouse parfaitement tous les clichés « occidentaux » sur le monde arabe et/ou sur l’islam. Et parce que, plus profondément, ce qui nous intéresse dans cette histoire (i.e. les soulèvements arabes, à commencer par celui qui se produit syrien), c’est moins la vérité/réalité que l’émotion qu’elle nous procure (avec ce charming petit « plus » d’une délicieuse transgression sexuelle de la part d’une femme de cette religion qui nous résiste tant !). Dans l’imposture de Macmaster, le mensonge, la tromperie sont en définitive moins insupportables que cette manière de prétendre parler à la place des autres, de se substituer aux premiers concernés, les Arabes, qui n’existent, en fin de compte, que par la bonne volonté de notre regard supérieur et complaisant. Les deux auteurs le disent très bien, mais dans un anglais un peu compliqué fort heureusement traduit vers le français par l’indispensable « Des bassines et du zèle », à laquelle nous empruntons les extraits suivants :

Si ce fantôme virtuel [cyber ghost] a été adopté si facilement par les medias et les lecteurs attentifs, c’est parce qu’il est emblématique de tous les clichés qu’utilisent les occidentaux qui se placent dans la position d’interprètes éminents de la société et de la culture moyen-orientales. (…) Il ne devrait pas y avoir besoin de l’histoire fictive d’une lesbienne syrienne pour affirmer les droits des manifestants syriens qui sont actuellement atrocement réprimés par les instances gouvernementales. Mais si l’objectif est de susciter l’émotion et de distraire, alors MacMaster a réussi à prouver que la vérité sur les Arabes passe après la perception et les sentiments qu’ont les occidentaux à leur égard.

A cette première lecture politique, on est tenté d’en ajouter une autre, sous forme d’interrogation cette fois sur ce que l’on pourrait appeler le contexte, en l’occurrence l’entourage numérique, du récit de la Gay Girl in Damascus, à savoir la mise en circulation de différentes narrations qui ont prospéré sur le réseau des réseaux au temps du « printemps arabe »… A la suite d’une fort intéressante enquête – et en définitive bien peu commentée – dans Libération, Christophe Ayad en arrivait à s’interroger sur la dimension en partie légendaire du récit officiel de la mort de Mohamed Bouazizi, et des circonstances de son suicide (en l’occurrence une gifle donnée par une policière [une femme, encore!]). De l’aveu même des premiers concernés que le journaliste est allé rencontrer, ce récit a été délibérément manipulé, et même créé, par les acteurs du soulèvement (en l’occurrence un militant homonyme de la victime, mais sans parenté avec elle, Lamine Al-Bouazizi, ainsi que le propre frère de la policière accusée…).

Fictions devenues réalités

Comme le prouve assez bien la personnalité de l’auteur de cet article dans Libération, s’interroger sur ces fictions devenues réalités dans le récit révolutionnaire, ce n’est pas remettre en cause la réalité de ces soulèvements, ni même leur ôter quoi que ce soit de leur légitimité… Au contraire, on peut penser que les soulèvements dans le monde arabe recevront un soutien d’autant plus efficace que ceux qui le leur accorderont le feront en toute lucidité, en tout cas avec le moins possible de naïveté ou même d’aveuglement. Toutefois, qu’on le veuille ou non, il va falloir s’habituer à scruter le Net comme on a pris depuis longtemps (en principe) l’habitude de scruter les médias traditionnels, pour éviter, autant que faire se peut, d’être trop souvent pris au piège de ses trop belles légendes…

De ce point de vue, on ne peut qu’alerter sur les dangers d’une croyance trop naïve et trop facile dans les vertus des réseaux sociaux et leurs pouvoirs révolutionnaires : d’un côté, certaines scènes arabes nous montrent leurs limites (voir ce précédent billet) tandis que, de l’autre, un peu de vigilance nous révèle que tous les côtés de la Toile ne sont pas toujours très nets… Internet – tout à fait officiellement désormais que le Pentagone envisage de considérer une cyber-attaque comme un acte de guerre formel – est désormais un champ de bataille virtuel. Un champ de bataille où les lignes de front se dessinent selon des stratégies qui s’appuient sur des sortes de « cristallisations » créées au sein de la Toile par des récits qui y prennent corps mieux que d’autres, au point de devenir des sortes de légendes qu’il n’est plus guère possible d’interroger… Au fur et à mesure qu’Internet gagne en importance, en puissance, et en histoire, il est à craindre qu’il perde de son innocence et qu’il devienne soumis à des techniques, à des programmations à des manipulations, capables d’y recréer, artificiellement, les « coagulations de sens » que sa logique technique favorise, en quelque sorte naturellement. Les spin doctors du Net, ces conseillers en communication politique d’un nouveau type, sont déjà à l’œuvre.


Article initialement publié sur Culture et Politique arabe
Crédits Photo FlickR CC by-nc-nd mugley

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Escif, artiste de rue ou peintre révolutionnaire ? http://owni.fr/2011/06/19/escif-artiste-de-rue-ou-peintre-revolutionnaire/ http://owni.fr/2011/06/19/escif-artiste-de-rue-ou-peintre-revolutionnaire/#comments Sun, 19 Jun 2011 10:54:05 +0000 Geoffrey Dorne http://owni.fr/?p=67996 Entre graffiti et peinture de rue, l’artiste espagnol Escif amorce depuis quelques années un travail visuel centré autour de l’idée de révolution, de trouble à l’ordre civil, et de changement social. 

Cliquer ici pour voir la vidéo.


Publié initialement sur graphism.fr

Photos d’Escif, tous droits réservés, via Flickr

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[MàJ] Botzaris, territoire annexé par l’ambassade de Tunisie http://owni.fr/2011/06/17/botzaris-territoire-annexe-par-lambassade-de-tunisie/ http://owni.fr/2011/06/17/botzaris-territoire-annexe-par-lambassade-de-tunisie/#comments Fri, 17 Jun 2011 15:35:48 +0000 Olivier Tesquet http://owni.fr/?p=70423 Mise à jour du vendredi 17 juin, 23h55: A la suite de la plainte déposée il y a quelques semaines par les associations Sherpa et Transparence International, la justice française a décidé d’ouvrir une information judiciaire contre X pour “blanchiment en bande organisée”, visant Zine el-Abidine Ben Ali et Hosni Moubarak. En l’espace de 72 heures, un tiers des documents ont disparu du 36 Botzaris, la police a évacué les lieux, et l’ambassade a remis la main sur le bâtiment. La plaque nouvellement posée a elle fini… dans une poubelle des Buttes-Chaumont.


Le 36 Botzaris est non seulement présenté comme un ancien local associatif du RCD, le sulfureux parti du clan de Ben Ali, mais aussi, depuis ce vendredi, comme une annexe de l’ambassade de Tunisie en France. Cette dernière lui a accordé unilatéralement ce statut dans un contexte tendu. En début d’après-midi, des ouvriers sont même venus formaliser cette nouvelle situation en posant une plaque. En lettres d’or, mais entre guillemets, elle affiche désormais un message très clair:

Ambassade de Tunisie, “Annexe”

OWNI s’est procuré un courrier adressé en avril 2010 par le banquier Mehdi Haddad, directeur de l’exploitation de l’Union Tunisienne de Banques, à Hédi Limam, président du Rassemblement des Tunisiens en France (RTF), la fameuse association installée au numéro 36 de la rue Botzaris. Dans ce mail, Haddad fournit une précision importante sur l’identité du propriétaire:

Cher Si Hédi,

Comme suite à votre demande, je vous précise que l’immeuble situé au 34 et 36 rue Botzaris, cadastré section EK n°1 pour 1 103 m2, est répertorié au cadastre comme appartenant à la SA HLM UNIVERSITAIRE FRANCO TUNISIENNE.

A l’Union sociale pour l’habitat, qui agrège les organismes HLM, personne ne connaît cette mystérieuse société. “Nous n’avons pas d’accord avec la Tunisie, seulement avec le Maroc et l’Algérie”, explique une responsable. Mais surtout, la précipitation de l’ambassade laisse augurer du pire. Comme nous l’évoquions hier, les ramifications hexagonales de la surveillance benaliste sont de plus en plus saillantes : financement occultes, passeports diplomatiques distribués à la volée et surtout, façades associatives pour mieux organiser l’efficacité du système sur le sol français.

Selon Fabien Abitbol, conseiller de quartier qui étudie le bâtiment depuis une quinzaine d’années, des modifications cadastrales ont été entérinées le 15 juin, après avoir été impulsées en décembre, en pleine révolution tunisienne. Pourquoi ? Selon le Conseil national de l’information géographique, une telle décision peut être motivée par “un changement de statut juridique”. En d’autres termes, le 36 Botzaris, QG tricolore du RCD, pourrait bien être resté entre les mains du régime déchu – par l’entremise de son ancien propriétaire – jusqu’au 15 juin, une semaine après la première expulsion, la veille de la seconde.

Lors d’une réunion qui s’est tenue vendredi matin à l’ambassade de Tunisie, rue Barbet de Jouy, dans le VIIe arrondissement de Paris, le chargé d’affaires Elyès Ghariani a reconnu que la décision d’évacuer Botzaris est venue “des plus hautes sphères de l’Etat [tunisien]”. Faut-il alors comprendre que la société de sécurité privée mandatée par l’ambassade pour garder le bâtiment après la deuxième expulsion des migrants l’a également été sur ordre direct du gouvernement de transition ? A Botzaris, l’État de droit se cherche encore.

A lire également: Bataille pour les archives parisiennes de Ben Ali


Crédits photo: Flickr CC Syromaniac, TwitPic @MsTeshi

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Histoires iraniennes http://owni.fr/2011/06/08/histoires-iraniennes-iranian-stories-iran/ http://owni.fr/2011/06/08/histoires-iraniennes-iranian-stories-iran/#comments Wed, 08 Jun 2011 09:41:24 +0000 Pierre Alonso http://owni.fr/?p=66754 Téhéran, dans la nuit entre le 12 et le 13 juin 2009. À quelques mètres de la place Fatemi, au centre de la capitale iranienne, une petite rue est noire de monde. La foule s’agite et bruisse d’une rumeur. En ce jour d’élection présidentielle, les partisans de Moussavi, candidat de l’opposition, ont la mine défaite devant l’un de ses QG de campagne. Il est minuit trente, la rumeur donne vainqueur le président sortant, Mahmoud Ahmadinejad. Après une folle campagne, l’annonce assomme le groupe. Un religieux prend la parole. Il est écouté par la ruelle silencieuse, attentive, quoique nerveuse de colère. Le discours dure trois minutes. Il est acclamé par les slogans de la campagne, bientôt balayés par la première charge des forces de sécurité. En uniforme anti-émeute, un groupe de policiers fond sur les militants qui se dispersent immédiatement dans les ruelles sombres. La répression commence.

C’est ce genre d’histoire que la plateforme iranianstories.org entend récolter pour reconstituer les événements de l’été post-électoral iranien. Mise en ligne mi-avril, elle est officiellement lancée ce soir à l’hôtel de ville de Paris. Pour son fondateur, Thibault Lefèvre la révolte qui a suivi la réélection contestée d’Ahmadinejad est “la première à avoir été médiatisée massivement par ses propres acteurs”.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

En plein blackout médiatique imposé par les autorités iraniennes, les manifestants ont diffusé informations et vidéos sur les réseaux sociaux. L’image la plus marquante, la mort de Neda Agha-Soltan le 20 juin, avait été filmée avec un téléphone portable avant d’être diffusée sur Youtube et reprise dans les médias du monde entier. Elle est devenue le symbole du mouvement de protestation et la figure du martyr.

Ils filment uniquement leur bouche

Iranian Stories se décline en deux modules, testify et watch, chacun disponible en html et flash. La version html est non seulement adaptée aux connexions lentes, mais elle est aussi plus sécurisée que la version flash. Et la sécurité est au coeur de la plateforme qui permet à des personnes en Iran d’envoyer leur témoignage par vidéo. Ils filment uniquement leur bouche avec un téléphone ou une webcam puis l’envoient via l’interface, disponible en français, en anglais et en persan. Ils sont aussi invités à joindre photographies, vidéos ou enregistrements sonores de l’événement qu’ils racontent.

Plus la plateforme recueillera de témoignages, plus les faits seront facilement vérifiables. Ils sont aussi recoupés par un comité d’experts composés de spécialistes de l’Iran et de journalistes iraniens. Iranian Stories propose en priorité certaines dates clés de la crise post-électorale : le 12 juin, jour du scrutin, le 15 et le 17 juin, jour des grandes manifestations etc.

Iranian Stories a obtenu 70 témoignages pour l’heure, dont 60 directement à l’issue d’une enquête. Shirin Ebadi, avocate iranienne prix Nobel de la Paix, et le célèbre blogueur Mehdi Saharkhiz ont accepté de livrer leurs analyses ou témoignages. Après vérification, validation et traduction, les témoignages apparaissent dans la rubrique Watch. Ils sont compilés dans une frise chronologique, appelée à être complétée avec les nouveaux témoignages.

Entre journalisme et activisme

Thibault Lefèvre, à l’origine d’Iranian Stories et journaliste à Radio France, a séjourné en Iran en avril et mai 2009. Il quitte le pays quelques jours avant l’élection présidentielle. À son retour en France, il compile les vidéos et cherche comment utiliser toutes ces sources brutes. Les militants pour les droits humains l’alertent sur les risques encourus pour ceux qui témoignent.

La démarche est à la croisée entre journalisme et activisme. En témoigne la composition de l’équipe:

Nous avons réuni différentes compétences autour du projet. Des journalistes, des traducteurs, des producteurs. Nous avons aussi été conseillé par des experts en sécurité informatique.

Le projet est ainsi porté par une société de production, la Boite à T, deux journalistes iraniens et deux traducteurs, l’un anglophone, l’autre persanophone. Le projet est financé par les partenaires d’Iranian Stories, parmi eux, la Ligue des Droits de l’Homme, Médiapart, Le Temps et la Fondation Beaumarchais.

La plateforme a vocation à être déclinée. En yemeni stories, iraqi stories ou syrian stories.


Crédits Photo FlickR CC by Hamed Saber

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#g(r)eekrevolution http://owni.fr/2011/06/02/greekrevolution-grece-fmi-ue-spanishrevolution/ http://owni.fr/2011/06/02/greekrevolution-grece-fmi-ue-spanishrevolution/#comments Thu, 02 Jun 2011 12:17:14 +0000 Nikos Smyrnaios http://owni.fr/?p=65776 Le dimanche 29 mai 2011 la place Syntagma d’Athènes a connu l’une des plus grandes manifestations de son histoire. Cent mille Indigné(e)s ont occupé la place pacifiquement et beaucoup d’entre eux y sont toujours. Dans le sillage du Printemps arabe et de la Democracia Real espagnole, un nouvel acteur politique est en train d’émerger dans le pays : le peuple connecté.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Le 29 mai, la place de Syntagma, où en 1843 la foule avait réclamé une Constitution, était noire de monde. Elle n’a pas désempli depuis. Comme en Tunisie, en Égypte et en Espagne – toutes proportions gardées – le mouvement agrège des groupes sociaux divers. Il y a les fonctionnaires décriés et dévalorisés, les petits entrepreneurs familiaux subissant la récession, les retraités paupérisés, les cadres du privé dépités par la corruption.

Le mouvement des Indignés grecs se présente comme « apolitique », ressemblant un large éventail d’opinions allant de l’extrême gauche aux patriotes de droite, et des étatistes aux libéraux. Mais ce sont surtout les jeunes – étudiants chômeurs et salariés – qui constituent le cœur du mouvement. Polyglottes, sur-qualifiés et frustrés de leur sort, ils sont aussi les plus déterminés.

Infrastructure informationnelle

L’emprise des jeunes a introduit l’internet et les médias sociaux dans la partie. Ils constituent l’infrastructure informationnelle du mouvement. Les blogs, les réseaux sociaux et les plateformes d’hébergement de contenu permettent de se coordonner, mais également de proposer une information alternative en temps réel. Et ceci à une échelle internationale. Le contact avec les Espagnols par exemple est permanent. Les uns observent les autres par webcams et smartphones interposés. On s’inspire des innovations et des initiatives qui se créent aux quatre coins de l’Europe, on se chabre, on se motive…

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Le journalisme citoyen est au cœur du mouvement grec car il permet d’abord d’articuler une voix discordante face à l’uniformité des médias traditionnels. Ces derniers, aux mains d’une élite d’hommes d’affaires ayant largement profité des largesses de l’État, ne cessent de déformer la réalité sociopolitique du pays pour soutenir les mesures du gouvernement et de la Troïka. C’est la raison pour laquelle, en Grèce, les médias et les journalistes les plus en vue sont violemment rejetés par la population, au même titre que le système politique.

Le 29 mai, Mega Channel, la chaîne la plus regardée du pays, a subi ainsi sur Facebook un assaut par des anonymes qui voulaient protester contre la faible couverture du mouvement. Une vague des commentaires critiques voire insultants a obligé Facebook à  bloquer l’accès à la page officielle de la chaîne. Le lendemain de l’attaque, le journal télévisé de Mega a couvert la manifestation des Indignés avec plusieurs reportages et sur un ton très favorable.

Facebook a d’ailleurs été le facteur qui a permis au mouvement de se massifier étant donné son taux de pénétration de plus de 70% des internautes. Il a permis aux Indignés de toucher des populations non habituées aux manifestations. Des gens qui n’avaient jamais manifesté y ont été entraînés par des connaissances plus ou moins proches.

Système d’information alternatif

Au delà de son rôle dans la dénonciation et la mobilisation, l’internet grec a donné ces derniers temps naissance à un véritable système d’information alternatif, fondé sur le journalisme citoyen. Les composants de ce système préexistaient pour la plupart, mais le mouvement des Indignés les a structurés autour d’une cause commune. Ainsi, tous les soirs Radiobubble construit son journal radiophonique à partir des informations de terrain diffusées par ses auditeurs à travers Twitter. Implantée au centre d’Athènes, elle fédère un réseau des correspondants composé de journalistes professionnels et de simples citoyens.

Le portail ThePressProject quant à lui rediffuse tous les soirs en direct l’Assemblée générale tenue sur la place de Syntagma. Les créateurs du site ont également financé le documentaire Debtocracy, dénonçant les effets de la dette dite « odieuse », c’est à dire illégalement contractée. Ils ont utilisé la méthode de crowd-funding, faisant directement appel aux dons des internautes, pour permettre aux journalistes Katerina Kitidi et Aris Hatzistefanou de tourner un film. Celui-ci a dépassé depuis le demi million de visionnage sur les différents plateformes web et a été traduit en plusieurs langues. Les sites internet ad hoc, comme Real-democracy.gr ou M25gr, se sont joints aux centaines des blogs préexistants et aux groupes Facebook qui poussent comme des champignons.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

En dépit des techno-sceptiques comme Evgeny Morozov, l’exemple grec démontre encore une fois qu’internet constitue désormais la condition matérielle sine qua non de tout mouvement social de masse. Il ne s’agit pas d’un miracle technologique, mais d’une configuration historique unique alliant des mouvements sociaux et générationnels divers mais proches à des outils de communication inédits. C’est le mouvement des cognitaires, y compris en Grèce.

Le but des Indignés consiste désormais à occuper l’espace public. Des dizaines d’assemblées générales se tiennent tous les soirs à Athènes, Thessalonique ou Patras. Le mouvement se structure petit à petit. Il entre ainsi dans sa phase la plus difficile. Il s’agit d’accoucher d’une mutation sociale et politique profonde. Sa principale revendication est que le peuple ait son mot à dire sur la suite : un referendum sur l’acceptabilité, ou pas, des mesures d’austérité à l’image de l’Islande est désormais exigé.

Une tutelle de fait de la troïka : FMI, UE, BCE

Parmi tous les pays européens en crise, la Grèce est indiscutablement dans la pire situation. Depuis 2010, la Troïka composée de l’Union européen, de la Banque centrale européenne, et du Fond monétaire international exerce une tutelle de fait sur le pays, le gouvernement socialiste du Pasok assurant l’exécution des injonctions. Pour les salariés et les retraités, celles-ci prévoient diminutions de salaire, suppression des conventions collectives et hausses de la fiscalité indirecte, socialement injuste. L’objectif déclaré de cette politique, largement illusoire, est de permettre à la Grèce de rembourser les dettes faramineuses que les gouvernements successifs ont contractées depuis trente ans.

Les Grecs sont pris en tenaille entre la dégradation accélérée de leur niveau de vie, qui désormais touche toute la population, et les exigences pressantes de leurs créanciers. Ces exigences minent la croissance, laminent le pouvoir d’achat et augmentent les tensions sociales déjà exacerbées. C’est ainsi que fonctionne le cercle vicieux dont les conséquences s’étalent sur les écrans de télévision du monde entier, entre dégradations par les agences de notation et violents affrontements avec la police.

Cette mécanique n’a pu être enrayée jusque là. Les partis de gauche minés par leurs divisions et les centrales syndicales perçues comme archaïques et/ou complices de la situation peinent à mobiliser sur les mots d’ordres classiques de grève et de manifestation.

Les défilés syndicaux et militants se heurtent systématiquement à la répression policière. Lors du dernier défilé de ce genre le 11 mai dernier, un manifestant et blogueur, Yannis Kafkas, a été frappé violemment par les policiers anti-émeute. Il a finalement échappé à la mort après être resté plusieurs jours dans le coma. Un Français présent sur place et dont le tabassage a été filmé a même témoigné de la violence de cette répression. En Grèce, tout le monde se souvient aussi des trois employés de la banque Marfin brûlés vifs dans leur lieu de travail lors de la manifestation massive du 5 mai 2010.

Mais l’exemple espagnol et une rumeur infondée ont suffit à renverser la situation. Les jeunes d’abord, puis la masse des classes moyennes, largement fatalistes jusqu’à là, ont fait irruption sur la scène publique le mercredi 25 mai 2011. La rumeur, infondée mais reprise sur des blogs et jusqu’aux médias dominants, voulait que les Espagnols de la Puerta del Sol avaient inventé un nouveau mot d’ordre provocateur :

Silence, les Grecs dorment !


Article initialement publié sur Smyrnaios sous le titre : “#greekrevolution: en Grèce la révolte rime avec Indignation et Internet”
Crédits photo FlickR CC by-nc-nd Giotse

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“Le problème du ministère de l’Intérieur, c’est le problème de la Tunisie” http://owni.fr/2011/05/31/interview-slim-amamou-demission-tunisie/ http://owni.fr/2011/05/31/interview-slim-amamou-demission-tunisie/#comments Tue, 31 May 2011 13:48:31 +0000 Olivier Tesquet et Guillaume dasquié http://owni.fr/?p=65473 Slim Amamou, star de la révolution tunisienne, s’explique sur sa démission surprise, le 23 mai dernier, de son poste de Secrétaire d’État au sein du gouvernement de transition, lors d’un entretien exclusif avec OWNI (lundi 30 au soir, à Paris). Ce militant de 33 ans, héraut de la jeunesse tunisienne, dénonce un climat politique délétère, marqué par des dérives conspirationnistes. Lesquelles se multiplient d’autant plus facilement qu’une partie de l’appareil d’État demeure opaque, près de cinq mois après la révolution. Slim Amamou révèle en particulier que la police politique et les services de sécurité du ministère de l’Intérieur échappent encore aux efforts de classification et d’identification du gouvernement de transition.

Depuis la semaine dernière, vous ne vous êtes pas vraiment expliqué sur les motifs de votre démission. Sur la base de quels éléments avez-vous décidé de quitter le gouvernement ?

Il y a d’abord eu les déclarations conspirationnistes de Farhat Rajhi, l’ancien ministre de l’Intérieur, qui ont déclenché des émeutes dans la rue. Des manifestations ont été réprimées très violemment par la police à Tunis, des journalistes ont été tabassés. Après avoir mûrement réfléchi, j’ai présenté ma démission au président. Mon problème, c’est que la situation était très grave. Les gens dans la rue exigeaient la chute du gouvernement, ce qui impliquait que les élections soient retardées, ce que je ne voulais absolument pas. Le président a refusé ma démission en invoquant cette raison-là, en me disant que j’allais laisser le gouvernement dans une position difficile, et en me demandant de réfléchir encore.

J’ai tenu mes engagements immédiats, j’ai réfléchi encore, et j’ai rappelé le président pour lui confirmer ma décision. J’ai démissionné un vendredi, et j’avais une émission de radio prévue le lundi matin (sur Express FM, ndlr). Le président voulait que je lui laisse le temps de parler avec le Premier ministre, et que je ne m’exprime pas sur le sujet avant le lundi soir. Là-dessus, le présentateur radio m’apostrophe en me demandant si ma mission en Tunisie est terminée. Je lui réponds que oui, et je lui annonce que je vais démissionner. L’information est sortie, les gens ont commencé à la tweeter, et les 140 caractères aidants, “Slim va démissionner” est devenu “Slim a démissionné”. J’ai aussi commencé à lire que j’avais quitté mes fonctions pour les mêmes raisons que Rajhi, parce que je croyais à l’existence d’un gouvernement de l’ombre.

Et alors, il existe ce cabinet noir?

Absolument pas. Les gens pensent qu’il existe parce que le système de confiance ne marche pas en Tunisie. On a vécu dans une société complètement corrompue par le régime de Ben Ali, et pour rebâtir cette confiance, on ne peut pas aller trop vite. La manière rapide, c’est la délégation d’autorité, quand vous décidez de faire confiance à quelqu’un. Mais comme le terreau n’existe pas en Tunisie, il faut y aller par la seconde méthode, qui est “l’historique”. A force de côtoyer les gens, de les suivre, au bout de 6 mois ou un an, on commence à leur faire confiance.

Quels éléments tangibles permettent d’affirmer qu’il n’existe pas de cabinet noir?

Il y a quelqu’un qui a essayé de faire croire que quelqu’un manipulait le Premier ministre. J’ai travaillé avec ce mec, je sais que c’est faux. Bien sûr, il y a du lobbying, des intérêts, des groupes de pression.

Plusieurs avocats tunisiens estiment que les propos tenus sont exagérés dans la forme, mais qu’il existe un vrai problème, notamment parce que l’administration de la police politique n’a pas été démantelée. Qu’en pensez-vous?

Le problème du ministère de l’Intérieur est le problème de la Tunisie. C’est le ministère de la force publique, et ils ont le pouvoir réel: même en nommant un ministre bien intentionné, il n’a pas les armes. Rajhi s’est fait attaquer dans son propre ministère par les agents, il s’est fait sortir par l’armée.

Alors qui dirige vraiment le ministère de l’Intérieur ?

Le nouveau ministre (Habib Essid, ndlr) a prouvé son efficacité. Après les exactions de la police consécutives aux propos de Rajhi, il s’est excusé, pour la première fois dans l’histoire du ministère de l’Intérieur, et le lendemain matin, il n’y a eu aucun débordement. Il a prouvé qu’il pouvait reprendre la main, notamment par le biais des hauts gradés. Aujourd’hui, je pense que la situation est sous contrôle. On ne peut pas virer tous les pourris d’un seul coup, et il va falloir composer avec la situation.

Qui dirige ces individus ?

On ne sait pas. On n’arrive déjà pas à faire la différence entre la vraie police et la fausse. Des manifestants se sont fait tabasser par de faux policiers sous les yeux de vrais agents qui ne sont pas intervenus.

Aujourd’hui, a-t-on une idée précise du nombre de services de sécurité et de renseignement qui dépendent du ministère de l’Intérieur?

Le ministre dit qu’il y a exactement 54 000 agents. On ne connaît pas le nombre de services, mais ce qui est frappant, c’est qu’ils sont hermétiques. Ils se sont réorganisés d’une manière très étrange, comme une cellule terroriste de type Al-Qaida. Apparemment, le seul lien qui les unit, c’est le téléphone portable, avec lequel ils entretiennent un rapport très particulier. Pendant l’interrogatoire lors de mon arrestation, ils allumaient leur téléphone au moment de s’en servir, et l’éteignaient quand ils avaient fini. Quand ils en avaient besoin, ils recevaient le nom et le numéro de l’agent qu’ils cherchaient à joindre. Vous imaginez à quel point ce système est décentralisé et archaïque? Pendant mon interrogatoire, les fonctionnaires avaient un pseudonyme, et moi aussi. A partir de là, même en parcourant les archives, on ne peut rien recouper.

Que savaient-ils de votre vie, de votre trajectoire ?

Ils ne savaient presque rien, ce qui prouve que leur système ne marche pas. Ils sont très forts quand il s’agit de torture psychologique, mais très inefficaces dans le renseignement, notamment sur Internet. Je m’en étais rendu compte après ma première arrestation, en mai 2010. Lors des interrogatoires, ils voulaient savoir comment je connaissais telle ou telle personne. Et quand je leur disais que j’étais en relation avec des gens sans jamais les avoir rencontrés, ils étaient surpris. Leur système est basé presque exclusivement sur le renseignement humain.

Pourtant, il y avait une unité chargée de surveiller le web…

Mais leurs méthodes sont les mêmes. Le 6 janvier, quand j’ai été arrêté pour la seconde fois, ils m’ont demandé le mot de passe de mon adresse mail. Il a fallu qu’ils me tabassent pour l’obtenir, mais c’est comme ça que ça fonctionne. Ce n’est absolument pas sophistiqué. Ils font de l’open source intelligence, ils surveillent les salafistes, mais la base de leur travail se résume à l’identification de la personne qu’ils veulent interroger.

Qu’allez-vous faire dans un futur proche ?

Je vais essayer de travailler avec des partis politiques pour pousser mes idées dans l’optique de la constituante: que tout le monde vote, que les élections soient complètement transparentes, qu’on nous fournisse toutes les données relatives aux élections pour qu’elles puissent être exploitées, et qu’on connaisse le code source du logiciel qui sera utilisé pendant le scrutin.


Crédits photo: CC Ophélia Noor & Pierre Alonso pour OWNI

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Jose Luis Sampedro: “un autre monde est certain” http://owni.fr/2011/05/22/jose-luis-sampedro-la-vie-ne-s-arrete-pas-revolution-espagne/ http://owni.fr/2011/05/22/jose-luis-sampedro-la-vie-ne-s-arrete-pas-revolution-espagne/#comments Sun, 22 May 2011 17:56:33 +0000 Ophelia Noor http://owni.fr/?p=63927 Cliquer ici pour voir la vidéo.

Les sous-titres sont disponibles en cliquant sur “CC”, en anglais, et pour le français en version béta.

José Luis Sampedro, écrivain espagnol et économiste de 94 ans, a accordé un entretien à Movimiento Visual le 14 mai, la veille des manifestations organisées par le mouvement ¡Democracia Real Ya! et auxquelles il a apporté tout son soutien. La vidéo de dix minutes, alterne intelligemment les propos de Sampedro avec les paroles de gens de la rue qui lui font parfaitement écho, enregistrées le lendemain, pendant les manifestations du 15 mai.

Sampedro a connu la guerre d’Espagne, vécu sous le franquisme et enseigné l’économie pendant plusieurs années à l’université Complutense de Madrid et à l’étranger. Nommé à l’Académie royale espagnole en 1990, il connait le succès avec son roman Le sourire étrusque, chroniqué en 1994 dans Le Monde Diplomatique.

Avec une lucidité et une énergie incroyable, il expose les raisons qui ont mené les Espagnols à se révolter et descendre dans la rue, contre la classe politique actuelle et sa manière de gouverner, contre les mesures d’austérité économiques imposées pour “sortir de la crise”.

La crise des valeurs :

Notre culture occidentale vit une crise des valeurs brutale. Parce qu’elle a substitué les valeurs pour les intérêts économiques. Comme dirait Marx, ce qui prime c’est la marchandise. Ils le disent également dans le manifeste du mouvement ¡Democracia real ya!

L’humanisme :

Il existe d’autres formes de développement : développement de la personnalité, de son être intérieur. Être chaque fois meilleur, humain, plus positif, et non pas conditionné par la productivité.
Bien sûr qu’il existe des alternatives. Ne vous inquiétez pas, quand le système aura coulé, et il coule – ce que nous vivons actuellement est la barbarie que provoque son effondrement – autre chose viendra. La vie ne s’arrête jamais. Ou les banquiers pensent-ils qu’ils sont immortels ?

L’attitude à avoir est de prendre conscience de la réalité. Ne pas accepter, sans faire une auto-critique ou sans discussion intérieure avec soi même, tout ce qu’on nous dit.

Le paysage politique :

Les deux gouvernements possibles (PP ou PSOE) sont capitalistes (…). Les deux sont les esclaves des financiers. Et la preuve en est leur sortie de crise stupéfiante : ils gagnent à nouveau les salaires qu’ils veulent, ils vivent comme avant, se partagent l’argent comme ils veulent, font ce qu’ils veulent et pendant ce temps nous continuons à en payer les conséquences. Il me semble qu’il faut chercher un autre équilibre avec d’autres partis si c’est possible.

L’opinion publique :

Est ce que les gens sont fous ? Non, ils sont manipulés. L’opinion publique n’est pas l’opinion publique. Ce n’est pas le résultat de la pensées réflexive des gens. Ce qu’on appelle l’opinion publique est une opinion médiatique, créé par l’éducation et les médias. Les deux partagent les intérêts du pouvoir, parce que le pouvoir exerce un contrôle sur eux. Et c’est tout. En faisant de l’opinion publique l’opinion médiatique, vous tuez l’opinion des gens.

Les manifestations :

Bien sûr que s’il y a une manifestation et même si d’autres suivent et que les jeunes s’unissent, par dessus tout, parce que ce sont eux qui vont payer le prix fort, alors vous pourrez redresser les choses. Mais penser qu’une seule manifestation va changer les choses, c’est difficile. [...] Le système s’est dégradé. Il existe des alternatives. Et elles viendront quoiqu’il arrive. C’est certain. Dimanche 22 mai ? Je vais voter. Bien sûr que je vais voter.

“Un autre monde est possible”, et je dis, non, un autre monde n’est pas possible, il est certain ! Ce qui est sûr, c’est le changement. Jusqu’à quel point ? Cela dépendra de ce que nous ferons.


Retrouvez tous les articles de notre Une Espagne sur OWNI (illustration de Une CC Flickr Le Camaleon)
- Comprendre la révolution espagnole
- Manifeste ¡ Democracia real ya !

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